Ici je ne parlerai pas de cinéma mais de politique et je ferai du spoil.
Je parlerai surtout de l'échec du film.
Contexte : des parents de confession évangéliste fraîchement arrivés en Norvège donnent parfois la fessée à leurs enfants.
Une punition corporelle pour les éduquer moralement et leur apprendre la discipline : "C'est pour leur bien".
La loi norvégienne considérant que les violences faites aux enfants sont illégales, immorales et traumatiques.
L'aide à l'enfance (l'état) punit les parents et leur enlève temporairement la charge des 5 enfants, dont un nourrisson qui est en cours d'allaitement (suspicion de bébé secoué, sans preuve formelle).
Les enfants sont séparés géographiquement de leurs frères et sœurs, en 3 groupes d'âges, en attendant le procès des parents au civil.
En punissant les parents, l'état punit donc aussi les enfants : perte du lien parental, perte du lien fraternel, perte du lien scolaire et donc amical.
L'état participe à construire le traumatisme qu'il cherche à éviter.
Puis vient le procès au pénal, l'état menace les parents d'une peine de prison, car les parents ont reconnu avoir parfois administré des fessées aux enfants.
Progressivement, avocats et magistrats laissent entendre que la peine de prison est inévitable.
Sauf que la prison est une violence d'état qui détruit les corps, la santé mentale et le lien social. C'est une blessure lourde infligée à une famille.
L'état propose toujours plus de violence ''pour le bien des enfants".
Séparer du jour au lendemain les enfants de leurs parents sans leur consentement est une violence inouïe.
Envoyer les parents en prison c'est acter durablement la séparation et participer à la destruction du lien de parentalité.
Structurellement, menacer des parents violents d'une peine de prison c'est encourager les enfants à taire les violences pour protéger leur parents, de la même manière que pour les violences sexuelles intra- familiales.
Une protection de l'enfant qui cache son véritable fonctionnement : de la violence judiciaire adressée aux familles, en réaction à la violence parentale.
Pas de politique de réduction des risques, pas d'accompagnement éducatif, mais de la répression, et un vague simulacre d'éducation à la parentalité : "souffler pour faire partir la colère".
Le problème du film est le même problème que pour le fonctionnement de l'état norvégien.
La parole des enfants est invisibilisée et méprisée par le film et par le dispositif légal de l'aide à l'enfance. Ce qu'ils veulent, ce dont ils ont besoin, est totalement occulté, ils sont hors champ, ils sont des personnages secondaires, des silhouettes du film. Et pour l'état, ils sont des objets qu'on déplace et qui ne peuvent choisir ce qui est bon pour eux, ils ne sont pas des sujets qui pensent et qui s'expriment.
L'état norvégien se dit progressiste, il est en fait profondément adultiste.
En se prétendant impartial, ni pour la famille conservatrice, ni pour l'état progressiste, le film ne fait qu'opposer des violences systémiques, cela est il un projet politique et cinématographique suffisant ?
Le film est-il finalement passé à côté de son sujet ?