🎬 FJORD - Christian Mungiu
Cette dernière Palme d'Or prend les allures d’un thriller moral particulièrement maîtrisé. Mungiu ausculte une société fracturée dans laquelle chaque événement devient le terrain d’affrontement de valeurs presque irréconciliables.
Formellement, difficile de ne pas être impressionné. À travers de longs plans fixes d’une précision remarquable, Mungiu joue constamment avec les cadres pour mettre en scène des personnages devenus incapables de véritablement communiquer.
Mais à mesure que le film avance, cette apparente neutralité commence à se fissurer. Car sous ses allures de film refusant obstinément de prendre parti, celui-ci est finalement beaucoup moins neutre qu’il ne le prétend. Le récit épouse presque systématiquement le point de vue du couple chrétien mis en cause, nous invitant à partager ses incompréhensions, ses émotions et son sentiment d’injustice, tandis que les services norvégiens de protection de l’enfance sont dépeints de manière tellement caricaturale qu’ils finissent par ressembler à une machine administrative froide, idéologique et presque absurde.
Beaucoup ont vu dans cette ambiguïté la grande force du film : celle de pousser le spectateur à penser contre lui-même, à voir vaciller ses certitudes. Mais cela n'a pas fonctionné sur moi. À aucun moment Mungiu n’est parvenu à semer véritablement le doute dans ma pensée, ni à délégitimer l’action de ces services sociaux ou, plus largement, les valeurs progressistes qu’ils sont censés incarner.
Et c’est peut-être là que Mungiu joue un jeu dangereux. Car en plus d’être manipulateur dans la manière dont il organise les points de vue, le cinéaste semble prendre un certain plaisir à jouer avec le feu. Peut-être n'est-il en effet pas réactionnaire comme certains le lui reprochent, mais à force de de caricaturer les institutions progressistes et de donner davantage de chair à ceux qui les combattent, il finit par servir sur un plateau tout un argumentaire anti-« woke » aux franges les moins tolérantes de nos sociétés.
Reste un film formellement impressionnant et intellectuellement stimulant, glaçant de bout en bout et qui bouscule. Une Palme méritée.
MA NOTE : 7,5/10
Ma page ciné instagram : fenetre_sur_salle