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Adaptation littérale, cheapos et désincarnée.

Illustration parfaite du propos de KingRabbit sur les adaptations littéraires au cinéma. Del Toro nous livre une transposition quasi littérale du roman, sans jamais restituer sa force artistique sur le grand écran.


Le film se compose majoritairement de travellings en plans larges, filmant des acteurs débitant leurs textes de manière excessivement théâtrale, et ce dans des décors figés, avec lesquels ils n’ont généralement aucune interaction. Le rythme lent et la monotonie de la mise en scène, anesthésient peu à peu le récit dans une atmosphère plate. Chaque scène est filmée de la même façon, donc tout finit par se ressembler, y compris les moments forts.


J’ai eu l’impression qu’un plan sur deux était réalisé avec de l’IA, mais si j’en crois le making of, il semblerait que tout soit bien réel. A se demander ce qu’il ont foutu pendant l’étalo. Car il y a une nette différence entre les plans où les personnages interagissent avec leurs environnements, et ceux où ils ne le font pas et desquels on sent la démarcation entre l’avant et l’arrière plan retouché en post-prod.


Et si il n’y avait que certains décors, mais tout sonne faux dans ce putain de film. Les incrustations sur fond vert, les rajouts numériques, les animaux en CGI ; même le premier cadavre animé par Frankenstein, dont la forme et l’animation robotique trahissent instantanément l’automate de pacotille. Idem pour le makeup de la créature, qu’on croirait sortit d’un spectacle d’Halloween à Port Aventura. A aucun moment on ne peut croire à un corps recomposé avec des morceaux de cadavres, on ne voit qu’une silhouette d’apollon peinturlurer de gouache et de fausse peau en plastique.


Je suis sidéré que ce rendu esthétique affreusement cheapos soit justement ce que les fans encensent le plus. Et en même temps, que pourraient-ils encenser d’autre ? Cet esthétisme, c’est la seule chose d’un temps soit peu cinématographique dans un film reposant en grande partie sur des dialogues très littéraires et de longs monologues en voix off, explicitant oralement toutes les intentions du scénario.


On sent bien les nombreuses thématiques parcourant l’histoire de Frankenstein : le combat contre la mort ; la folie créative ; le rapport du géniteur à sa progéniture, ou de la progéniture à son géniteur ; la monstruosité, la différence ; le regard de l’autre…Et à chacune d’entre-elle, on ne peut s’empêcher de repenser aux innombrables autres fictions les ayant déjà traitées avec brio. Le Frankenstein de Mary Shelley était une révolution en son temps, celui de Guillermo Del Toro arrive deux siècles plus tard et n’a rien de nouveau à proposer. Comme le disait King Rabbit dans sa critique, “chacun a sa propre vision de l’œuvre, donc lors de la conversion en objet film, il y aura toujours quelque chose qui ne correspond pas aux attentes de quelqu'un sur tel ou tel aspect”. Ici, le film souffre non seulement de la comparaison avec notre propre vision du mythe, mais aussi avec toutes celles ayant jalonner l’histoire du cinéma, y compris des adaptations plus spirituelles, comme chez Burton, Cronenberg, Raimi ou Del Toro lui-même.


La version de 1931 n’était peut-être pas très fidèle au roman, mais elle avait su y puiser les éléments nécessaires à un bon film d’épouvante, tout en revisitant à sa manière certaines de ses thématiques. Et c’est cette réappropriation cinématographique qui en a fait une œuvre tout aussi culte que son modèle.


N’en déplaise à Del Toro, le texte à lui seul ne suffit pas, surtout quand on le transpose bêtement sans se poser de questions. Etait-il nécessaire par exemple, de s’attarder autant sur le passé du professeur ? Avait-on besoin d’un tel background pour raconter ses motivations, alors qu’elles auraient pu être exposées plus simplement, une fois le scientifique arrivé à l’âge adulte ? Le film met un temps fou à raconter des choses superflues, mais bâcle souvent ses développements de personnages ; celui de Frankenstein étant particulièrement desservit à ce niveau.


Déjà, il passe plusieurs années enfermé dans le manoir de son mécène, à travailler sur ses expériences. Mais nous ne le réalisons qu’au moment où la fille du mécène Elizabeth, accompagnée de son fiancé, ne se décident à leur rendre visite, découvrant un bâtiment délabré où la nature a quasiment reprit ses droits. On ne le voit donc pas être dévoré par sa création et sombrer petit à petit dans la folie, ce qui fait perdre beaucoup de relief au personnage.


Ensuite, Franky passe subitement de papa attentionné envers sa progéniture, à bourreau meurtrier dès l’instant où Elizabeth (dont il est secrètement mais pas très discrètement amoureux) s’éprend de sa créature. En soit, le revirement peut se comprendre, mais devrait mettre beaucoup plus de temps à arriver. Ici, non seulement la demoiselle tombe sous le charme du monstre au premier regard, tout comme dans l’exécrable Forme de l’Eau du même réalisateur, mais en plus, Franky s’en aperçoit tout de suite et, le lendemain, entreprend de foutre le feu au manoir et à sa monstrueuse création. Le switch est si brusque et mal amené qu’il en devient ridicule.


C’est tout de même incroyable de passer autant de temps avec Franky pour ne ressentir aucune empathie à son égard et ne jamais croire à son évolution, alors que c’est pourtant le personnage le plus développé du script.


La seule chose qui m’ait un peu ému, c’est le moment où un vieillard à moitié aveugle prend la créature sous son aile. Lui qui est incapable de voir son visage, ne perçoit en elle que fragilité et bienveillance. C’est la seule relation que j’ai trouvé réellement bien écrite dans le film et malheureusement, elle est en partie gâchée par le retour de la famille, arrivant comme de par hasard, pile au moment où le vioc s’est fait dévoré par des loups. La bête est bien sûr immédiatement désignée comme responsable, et voilà qu’on lui tire dessus sans plus de somation. Encore une fois, réaction compréhensible, mais tellement facile et mal amenée qu’on n’y croit pas une seule seconde.


Et on ne croit pas plus à la séquence suivante, lorsque le monstre fait irruption au mariage d’Elizabeth pour régler ses comptes avec son créateur. Évidemment, la demoiselle le reconnaît et l’enlace dans ses bras (quand bien même ils ne se sont vus que 30 secondes à tout cassé), Franky prend la mouche, lui tire dessus et tue Elizabeth par mégarde, avant de rejeter la faute sur la bête. A nouveau, peut-être qu’écrit ou tournée différemment, la scène aurait fonctionné, mais en l’état, avec aussi peu de build up, une réalisation à la ramasse et autant de balourdise dans l’écriture, c’est juste nul à chier.


Désolé, mais je ne trouve rien à sauver dans cette adaptation littérale, cheapos et désincarnée. On peut respecter l’ambition et la sincérité du projet, mais je doute que cette énième version du mythe fasse date. Je vous encourage plutôt à mater le Pinocchio de Del Toro qui lui était une relecture beaucoup plus inventive de son modèle, mais aussi une adaptation spirituelle de Frankenstein infiniment plus intéressante.

AlfredTordu
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le 19 nov. 2025

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Alfred Tordu

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