Et bien il faut croire qu'après la mode des super-héros, une tendance monstrueuse revient. Après les vampires de Sinners ou le loup-garou de Wolf Man c'est au tour de Frankenstein de revenir sur grand écran et cette fois-ci, il sera porté par l'illustre Del Toro.
Personnellement je n'ai jamais été un grand fan du Mexicain. Si les sujets de ces films m'ont toujours passionnés, je dois bien admettre que sa poésie et sa réal beaucoup trop nette m'ont finalement rendus hermétique à ses propositions, toute fois je dois bien admettre que ses films sont toujours un événement (Oui c'est tout un paradoxe).
Je ne suis pas un grand lecteur, mais le livre de Mary Shelley, lui a une place toute particulière pour moi. Adorant les monstres, les personnages torturés et également l'époque victorienne, comment vous dire que ce livre est mon codex et lorsqu'il a été annoncé que Del Toro l'adapterait, malgré mon hermétisme, malgré qu'il ne sera pas projeté en salles m'a tout de suite attrapé.
Le film sort, les critiques sont très éparses, elles sont soit très positives soit très négatives (beaucoup ont ressenties un ennui) et alors, je me dis "Déjà que j'aime pas Del Toro, si en plus on me parle d'un ennui sur 2h30 par des gens qui sont plus en accord avec son cinéma, ça va mal se mettre".
Et dès les premières minutes je suis attrapé. Esthétiquement c'est beau, on nous plonge directement au milieu de l'action scénaristique, je suis tout de suite intrigué bien que d'emblée il tranche avec le roman. On fera ainsi des allers retours dans le récit entre le début du film qui est en réalité la fin de l'histoire et les flashbacks du point de vue de Frankenstein puis ensuite du point de vue de son monstre et pour moi le personnage du docteur qui est froid, antipathique, imbus de lui même fonctionne complètement notamment car Oscar Isaac lui insuffle une énergie particulière.
La progression du scénario aussi est intéressante, car plus on avance plus on sent le chaos et l'urgence dans les recherches de Victor. Même si d'emblée on te l'annonce qu'il s'agit d'une hérésie, d'une folie et même si c'est faisable ça ne serait aucunement souhaitable, au fil de l'histoire tu as envie de le voir réussir de par toutes les péripéties qu'il vit.
Et puis finalement, même si Del Toro trahit complètement le roman et là on va rentrer dans un nouveau paradoxe, c'est à la fois la qualité et les limites que j'ai avec le film, mais c'est intéressant de faire du monstre un héros tragique proche de la mythologie grecque. Après tout pourquoi pas, c'est plutôt pertinent, mais cela reste ma limite car c'est typique de Del Toro. Pour lui le monstre n'en est jamais un ou du moins il l'est seulement à travers le prisme de l'Homme, qui lui, s'avère être le monstre. Et c'est beau, c'est très Lynchien... mais es-tu obligé de le faire à chaque fois au point de trahir le matériau d'origine ?
Car le monstre dans le roman, c'est un monstre au sens le plus étymologique qu'il soit. Mais ici, on se retrouve avec Jacob Elordi, diabolisé par le Docteur, par des villageois, par des marins alors qu'il n'agit toujours qu'en légitime défense. Et dans l'intention c'est bien pensé et bien exécuté objectivement. Maintenant subjectivement je trouve ça dommage que ton monstre ne soit pas un pur monstre.
D'autant plus que le film a la même structure que Oppenheimer. Alors je ne comprends pas pourquoi transformer son texte si c'est pour reprendre une formule d'un film qui a fait un carton et n'est sorti y a pas plus de 2 ans.
J'ai une troisième limite, si certains l'ont trouvé longs, je trouve qu'il manque un bon quart d'heure rien que pour développer la relation entre Frankenstein et son monstre car ils doivent partager au maximum 5 minutes d'écran avant que tout parte en vrille ce qui fait que le dernier pan ne fonctionne pas forcément.
Là sont mes 3 grandes limites avec le film. Sinon esthétiquement c'est évidemment impeccable, les acteurs sont parfaits, techniquement y a vraiment rien à redire et globalement, si l'adaptation est plutôt ratée, le film, lui est réussi et aboutit toutes ses intentions, le fait qu'il soit monté en 2 parties est parfait, le rythme est tenu et franchement j'aurai bien prit un quart d'heure de plus dans la gueule avec grand plaisir, car même s'il n'a rien à voir avec le livre (qui je le reconnais est difficilement adaptable en y étant le plus fidèle possible) c'est ma foi un film plus que réussi qui aurait dû avoir une sortie en salles. J'espère vraiment que l'ère des monstres ne fait que démarrer et j'attends avec impatience The Bride.