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le 8 nov. 2025
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Comme de nombreux français, je n'ai pu voir le dernier film de Guillermo Del Toro que sur un écran dans mon salon. Et le moins que l'on puisse dire c'est que la vision du film dans une salle de cinéma doit être une expérience à part, de celles qui marquent un spectateur à vie.
Netflix, via ce film, continue d'être le révélateur de toute les ambiguïtés, manquements et approximations dont le cinéma américain à toujours été victime. Car, bien qu'à nouveau touché par la grâce, le réalisateur mexicain trouve dans ce projet peut être des limites qu'il avait jusque là toujours réussi à transcender. Et le système de production dans lequel il s'inscrit n'y est sans doute pas pour rien. Longueur du récit, surlignage de certain enjeux, exigence revu à la baisse sur les CGI malgré un budget confortable (d'ailleurs encore bravo à la communication de l'aspect "uniquement fait main" du film qui fait d'autant plus ressortir les FXs parfois malheureux).
Le film est bien trop long. Ses 2h40 se font ressentir même si, paradoxalement, rien de semble véritablement être à jeter dans cette histoire archi-connue, mais que Del Toro à réécrit au fil de ses propres obsessions. Le récit perd ici un peu de sa noirceur originale pour épouser le romantisme cher au réalisateur mexicain. Cela passe notamment par le jeu délicieusement suranné d'Oscar Isaac qui évoque les prestations de Vincent Price ou de Peter Cushing. Baroque à l'excès mais ne sortant jamais du ton du film, l'acteur guatémaltèque trouve ici un de ses rôles les plus marquant. Le personnage de son frère, qui lui semble jouer dans un autre film, contrebalance parfaitement cette frénésie, la renvoyant à quelque chose de grotesque et pathétique.
Bonne pioche également du côté de Christopher Waltz, qui n'est pas toujours à la hauteur des attentes placées en lui, mais qui, ici, joue un personnage plus profond et moins faustien que ne le laisse présager sa première apparition. Plus gênant est peut être le personnage de Mia Goth, qui, si elle joue parfaitement sa partition, peine à susciter l'empathie attendue. Problème d'écriture probablement, d'autant que sa relation au monstre, écrasée par la place prise par d'autres intrigues, demande une sacré suspension d'incrédulité de la part du spectateur.
Enfin, l'incarnation de la créature par Jacob Elordi laisse pantois par la pluralité des émotions que l'australien de 1m96 parvient à faire passer. Tantôt menaçant, fragile, touchant et séducteur, le personnage rejoint la longue liste des monstres de la filmographie de Del Toro. Les modifications du récit concerne par ailleurs régulièrement sa monstruosité, il n'est plus ici l'auteur de beaucoup de mort qui lui son attribué dans le roman.
(Petit aparté, il est difficile de voir une telle représentation de monstre en 2025, sans penser au phénomène des "monster-fucker" qu'on voyait déjà dans "The Shape Of Water". La relation entre la créature et Elizabeth ainsi que certaines poses prises par le monstre semblent confirmer cette idée.)
C'est également ici qu'une autre limite est atteinte par le cinéaste. Le film penche parfois vers un excès de pathos, qui, si il n'est pas étranger à son œuvre, fait parfois perdre de l'ambiguïté du roman originale. Il est en effet dommage qu'arriver au bout de ses 2h40, le film se conclue par la sempiternel rengaine du pardon si cher au cinéma américain. On massacre des innocents à tours de bras, on tue, on laisse parler ses démons les plus extrêmes mais pas de soucis, un petit pardon et tout est oublié. Evidement, cette notion est au cœur du projet de Del Toro. Mais cette notion de pardon, comme si le fait d'avoir l'humilité de le demander était l'unique solution pour être absous de tous ses péchés, en plus de véhiculer une idéologie judéo-chrétienne trop souvent mise en avant, est surtout un ressort scénaristique vue et revue dans le cinéma fantastique américain de ses dernières années (coucou Mike Flanagan et James Wan).
Paradoxalement, ce "Frankenstein" fait ressortir les qualités d'un autre film, souvent regardé avec dédain dans la filmographie de Del Toro, "Crimson Peak". Partageant beaucoup de leurs identités visuelles, les deux films se partagent également une représentation baroque et romantique qu'on a plus l'habitude de voir aujourd'hui. Regardez "Crimson Peak" aujourd'hui, je vous assure que le film a incroyablement bien vieilli et semble même dépourvu des erreurs dans lesquelles "Frankenstein" est allé se perdre.
Mais ces défauts, aussi pénibles soit-il, ne doivent pas enlever les qualités indéniables du film. Visuellement somptueux, le film témoigne d'une ambition formelle dont seul le cinéaste mexicain semble se soucier aujourd'hui. La musique de Alexandre Desplat accompagne toujours aussi finement l'action, le compositeur français embrassant avec toujours autant d'aisance les montages des projets sur lesquels il est présent. Vintage encore une fois, mais avant tout délicieux. Le film brille également dans ses excès gore qui opèrent comme des ruptures de ton bienvenue dans le romantisme de l'ensemble. Chez Del Toro les morts sont douloureuse et tout nous rappel la fragilité du corp humain. Jouissif. Enfin, le travail de production design de Guy Davis et de la géniale Tamara Deverell est phénoménal et, si on atteint par la qualité incroyable de "Nightmare Alley", Del Toro peut à nouveau s'appuyer sur des collaborateurs hors pairs pour ses œuvres. Enfin, notons la photographie toujours aussi somptueuse de Dan Lausten qui ici, étrangement, est plus régulièrement sublimés dans les environnement urbain et pluvieux que dans certaines séquences plus rurales. Le tout reste absolument magnifique et certaines visions de la créature sur la neige s'inscrivent dors et déjà dans l'imaginaire lié à cette histoire.
L'argument à déjà été dit depuis la sortie du film, mais ce "Frankenstein" existait déjà partout dans la filmographie de Del Toro. Le cinéaste à tellement rêvé ce projet qu'il a infusé partout dans son œuvre. De fait, malgré ses qualités et son ambition sans commune mesure, le film en devient inévitablement un moment plus mineure dans la filmographie de Del Toro, un marquage de pas, non préjudiciable, certes, mais nécessairement déceptif venant de l'un des auteurs les plus fascinant de ces 30 dernières années.
Il est également la preuve que, un Guillermo Del Toro, même mineure, reste cent coudés devant la concurrence.
Créée
le 11 nov. 2025
Modifiée
le 11 nov. 2025
Critique lue 150 fois
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