Pas de doute : on est bien devant un film de Guillermo Del Toro. La figure de Frankenstein s’intègre parfaitement à son univers. Sa réécriture respecte le texte tout en assumant un parti pris clair : faire du monstre une figure tragique et incomprise. Le film se regarde agréablement et on profite de la direction artistique typique de Del Toro : violence sèche, personnages fantomatiques, décors gothiques… aucun doute sur la signature. Mais un paradoxe dans son cinéma commence à me titiller.
L'attraît de Del Toro pour le monstre fait qu'il se désintéresse des humains. Les relations ne marchent pas vraiment, rien ne se dégage de la romance entre Frankenstein et Mia Goth. Quand le frère de Frankenstein meure, aucun intérêt.
Del Toro se pose constamment en défenseur des effets réels. Très bien. Sauf que je me fiche complètement que Jacob Elordi ait passé dix heures en maquillage si c’est pour le regarder errer dans un royaume du faux : décors retravaillés numériquement, esthétique numérique ultra lisse, environnements hyper fabriqués. À quoi bon défendre les effets pratiques quand tout autour respire le studio, le calculé, le plastique ?
C'est un film poseur, mécanique, presque déshumanisé. Tout est trop fluide, trop propre, trop clinquant. Le « sale » devient propre. Le maquillage du monstre est trop impeccable, le lierre du château trop soigneusement posé, le désordre du décor trop méticuleusement organisé. La lumière, les couleurs sont bien trop agréables, romantique. Rien ne respire, rien ne vit.