Je n’ai pas lu le roman de Mary Shelley ni vu les adaptations de Kenneth Brannagh ou de Mel Brooks. Celle de James Whale m’avait plu, avec un Boris Karloff magnifique. Celle de Tim Burton (Frankenweenie) aussi. Quant à Guillermo Del Toro, on n’a pas des rapports très intimes, disons : je n’aime ni déteste aucun de ses films. Une sorte de néant répété, continu, parcouru d’une certaine admiration pour son traitement des monstres, malgré tout. Sans en faire une priorité, j’attendais pas mal cet opus, qui semblait faire figure de Del Toro ultime, de film somme, personnel. Mais l’expérience fut sensiblement similaire à celles procurées par le Nosferatu d’Eggers ou le Megalopolis de Coppola, en moins désagréable peut-être. Un film interminable. Une grosse machine sans vie, sans matière, sans chaire (un comble), complètement dévitalisée : j’avais l’impression de regarder une jolie cinématique de jeu vidéo ou une bande-annonce géante, sans scène, sans rythme, sans cinéma, uniquement parcourue de visions, réussies ou non : souvent non, pour moi. J’ai l’impression de traverser une maison hantée stylée et couteuse dans une fête foraine, c’est tout. Avec des effets spéciaux parfois très beaux et parfois très embarrassants dans son excès numérique : les animaux c’est pas possible. Le film est paraît-il très fidèle au roman. Tant mieux ou tant pis, en fin de compte. J’ai surtout retenu le changement de point de vue pour ma part car la mise en scène prend compte aussi de ce changement. Mais le film m’avait déjà perdu depuis bien longtemps.