Commençons par le visuel. Cet acharnement à vouloir à tout prix que tout soit beau, ces couleurs fluo, cette accumulation étouffante d'objets pittoresques et précieux rappelant une boutique d'antiquaire, ce gigantisme architectural obsessionnel me fatiguent.
Tout est atteint de gigantisme aigu. Pour le palais de la famille Frankenstein et le labo, c'est approprié. Mais quand une humble chaumière devient cathédrale par sa hauteur de plafond, ça vire au ridicule.
Les paysages ne peuvent être que vert fluo et couverts de fleurs blanches artificielles. Les loups et les cervidés en CGI sont juste... hideux. Mais bon sang ! Del Toro n'a pas regardé son film ou quoi ?! Qui a commis ces horreurs et en quoi étaient-elles indispensables ? C'est tout le paradoxe : à trop chercher du beau artificiel, on n'aboutit qu'à la laideur et au grotesque.
La version de Branagh était déjà spectaculaire, voire grandiloquente. Les décors et les costumes (beaucoup de rouge aussi) en mettaient plein la vue. J'ai eu l'impression que Del Toro voulait surenchérir sur Branagh, mais fallait pas.
Certaines choses sont réussies, comme le gigantesque décor du labo, en parfaite harmonie avec la folie de Frankenstein. En fait, tant qu'on reste à l'intérieur, tout va bien. Mais dès qu'on est en extérieur, c'est la cata.
Passons à l'adaptation. Dans son roman, Mary Shelley brouillait peu à peu les frontières entre le scientifique passionné et "altruiste" et le monstre qu'il a créé. Le premier s'avérait plus inquiétant et fou que prévu et la créature, pacifique à la base, ne devenait violente qu'au contact des hommes. Mais de là à inverser totalement les deux personnages, faut peut-être pas exagérer. Exit la passionnante ambiguïté de Victor Frankenstein et place à un être foncièrement abject, qui se moque du manque d'intelligence de sa créature, l'humilie et la frappe avec cruauté (c'est dans le roman, ça ?). En parallèle, le film gomme énormément la violence du monstre. Il tue beaucoup de monde dans le roman, y compris la fiancée de Frankenstein. Dans la version de Del Toro, il fait beaucoup moins de victimes et tombe même amoureux ! Pire, son amour romantique est partagé. Ça peut plaire, je n'en doute pas, mais on s'éloigne beaucoup de la violence de Shelley.
Même physiquement, la créature est beaucoup moins monstrueuse que les monstres qui l'ont précédée. Il ne ressemble pas au patchwork de morceaux de cadavres qu'il est censé être. Le côté rapiécé, répugnant, bancal, difforme a totalement disparu. On ne voit qu'un grand mec athlétique chauve couvert de cicatrices plus esthétiques que réalistes. Du coup, il fait craquer Mia Goth qui semble fascinée par ses pectoraux. C'est n'importe quoi.
Quant à la fin tire-larmes, avec des regrets expédiés et pas crédibles de Frankenstein, je ne m'attarderai pas.
Du coup, ça me fait regretter Helena Bonham-Carter, monstrueusement ressuscitée et horriblement rapiécée dans la version de Branagh et je me dis que c'était une sacrément bonne adaptation, quand même.