Après l'exercice de style constitué par Tromperie, ennuyeux à périr d'ailleurs (avis personnel), le retour de Desplechin dans le Nord de la France, pour une intrigue familiale, devait raisonnablement déboucher sur une œuvre plaisante, intelligente et plus si affinités. Las, après une entame engageante (une dispute puis un accident), le récit en forme de puzzle émotionnel ne va cesser de s'échapper de son axe central, la haine recuite, et pas à feu doux, entre un frère et une sœur pour de vagues raisons jamais totalement explicitées. C'est censé être le sujet du film mais Desplechin s'en éloigne souvent, avec des sous-fils narratifs sans grand intérêt (l'admiratrice roumaine) et une certaine propension à montrer des réactions extrêmes, confinant à l'hystérie, sans que nécessité fasse loi, semble t-il. Pas mal de personnages sont inutiles (celui de Timsit, par exemple) et viennent brouiller la perception de l'ensemble. Tel quel, malgré la maîtrise artistique habituelle du cinéaste, Frère et sœur parait surécrit et hélas surinterprété, désolé pour Marion Cotillard et Melvil Poupaud pas si à l'aise dans des rôles aussi hyperboliques. Évidemment, et c'est la moindre des choses, il y a quelques scènes touchantes à relever, les plus simples en vérité, comme celle de la supérette, mais ces petits miracles sont de moins en moins nombreux à mesure que le film avance vers un dénouement fade, du genre à se dire in petto : tout ça pour ça !