Grand succès populaire au moment de sa sortie, Garou-Garou, le passe-muraille emprunte à la nouvelle de même titre son intrigue principale tout en lui soustrayant son ton sarcastique mêlant satire du fonctionnariat et mélancolie profonde d’un être banal que des pouvoirs magiques ne parviennent à écarter de la solitude. En cela, la chute conçue par Marcel Aymé est d’une infinie tristesse, concurrencée par l’intrigue sentimentale dans l’adaptation de Jean Boyer qui, si elle figure une séparation des amants, n’exclut pas toute perspective de réunion. Le format court permettait une focalisation resserrée sur le protagoniste ; son étirement à une heure vingt minutes exige explicitations et digressions inutiles, à l’instar de la relation amicale avec l’artiste peintre qui ne sert qu’à inscrire le récit dans un Paris pittoresque nullement exploité sinon. La loufoquerie mi candide mi moqueuse de Bourvil agace rapidement et transforme ses apparitions magiques en éléments d’une pochade spectaculaire, prise en charge par des effets visuels inégaux mais souvent convaincants. Nous apprécierons, en guise de supplément, le dialogue entrepris entre la nouvelle et le feuilleton, l’héroïne ayant des airs d’Arsène Lupin, anticipe en cela Fantômette qui verra le jour neuf ans plus tard.