Deux décennies et des brouettes après le « miracle » du péplum moderne, Gladiator eut donc droit à sa suite comme tant d’autres avant lui. Cadre d’un choc des générations avec le décrié (pour parler poliment) Ridley Scott à la barre et la nouvelle coqueluche d’Hollywood Paul Mescal, le projet avait de quoi faire redouter le pire aux fans de la première heure : car le long-métrage originel paraissant se suffire à lui-même, comment justifier d’un prolongement au demeurant opportuniste ?
Des craintes malheureusement fondées tant Gladiator II est un raté à triple titres : d’abord parce qu’il n’est qu’une redite malhabile et mal exécutée, ensuite parce qu’il abîme de façon flagrante l’héritage de son illustre modèle… et enfin car il n’est, en tant que tel, qu’une énième production médiocre dont regorge la machinerie hollywoodienne. Parler d’opportunisme fait d’ailleurs doublement sens à l’aune de son prétexte scénaristique, le jeune Lucius se muant en légataire d’une filiation forcée comme pas deux et, ainsi, pourvoyeur (malgré lui) d’enjeux et morales bancals : pour nous autres mortels, l’ambition de Scott est indéchiffrable.
Rome, à la fois symbole, entité et décorum à part entière, ne tient plus vraiment debout : doit-on l’encenser, le jeter à terre ou bien le transformer ? Tant de questions que se posera (ou pas) Lucius, tiré contre son gré de son dernier foyer (une Numidie rebelle) au terme d’une bataille spectaculaire quoique sage. Une entrée en matière initiatrice de bien des doutes, ses clins d’œil appuyés au grand frère (toucher « agricole », visions entre la vie et la mort) témoignant d’une inspiration aux abonnés absents, si ce n’est carrément aux fraises quand elle fera du décès de sa compagne un motif de vendetta peu crédible.
La suite entérinera notre circonspection, Gladiator II persistant dans la vilaine redite tout en déployant des montagnes de maladresses, de la fausse menace des empereurs crétins au cabotinage dans les règles de l’art de Denzel Washington, en passant par la coquille vide qu’est l’infortuné Lucius : rien ne lui sourit, rien n’impressionne, rien ne saurait nous embraser à la cause… faute de cause. Les tourments de Lucillia ne nous feront ni chaud ni froid, à l’instar d’un jeu politique n’arrivant pas à la cheville de celui brillamment exploité dans Gladiator : aussi son cadet se vautrera dans une débauche de grand « spectacle » brouillon et sans âme, comme en témoignera sa bande-originale (fade à souhait).
Pire encore, nous nous surprendrons à rire de dépit au gré des exactions et manigances de Macrinus, lequel fera basculer l’intrigue dans le grand n’importe quoi à moult reprises. Les poncifs d’usage seront enfin de la partie, quelques têtes tomberont sans une once d’émotion et un ultime duel (énième copier-coller) viendra mettre le couvercle sur cet échec retentissant. Un constat amer, à l’image de la prestation moyenne de Paul Mescal (pouvait-il seulement en être autrement avec une écriture pareille ?). Seul Pedro Pascal semblera surnager jusqu’au bout, mais convenons que c’est bien peu.
Gladiator III ? Ne vous donnez pas cette peine, vraiment.