Hamnet
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Hamnet

Film de Chloé Zhao (2025)

L'art de raviver la souffrance pour mieux l'apaiser

Partant du principe que toutes les douleurs mènent à l'œuvre de celui qui les a vécues, Hamnet assume s'intéresser davantage à l'origine d'une pièce dramaturgique incontournable plutôt qu'à ce qu'elle raconte en réalité. En découle ainsi une fresque cinématographique à la forme théâtrale, tant bouleversante qu'enivrante.


Lorsque le rideau se lève sur une romance que tout qualifierait de classique, je crains le soupir d'une réalisatrice qui s'attèle à la forme plutôt qu'au fond. Ce n'est qu'à la première ellipse temporelle concluant cette introduction que je comprends qu'Hamnet est imaginé en actes, cinq classiquement, à l'instar d'une pièce d'une théâtre traditionnelle. Ainsi, une fois les présentations faites face au Précepteur et à Agnès, la psychologie poétique de l'œuvre démarre réellement pour offrir une tragédie cinématographiquement pleine.


Au travers d'une caméra épurée avec grâce, filmant une forêt où le calme est perturbé par les maux existentiels, Chloé Zhao tient à placer ses acteurs au centre du décor autant que les paysages sont centraux dans cette narration lyrique. Le procédé est alors évident : conter la naissance d'un monument dramatique majeur sous forme d'une tragédie même. Chaque prise de vue est alors faite de manière à rappeler un angle atteignable au théâtre, que ce soit en orchestre ou en balcon, tantôt de face ou tantôt en oblique. L'exécution, avec une caméra majoritairement fixe (sauf lorsque l'objet littéraire prend enfin vie), se fait avec une telle virtuosité qu'on pourrait alors se croire à la Comédie Française en pleine représentation, immergée dans des émotions dévastatrices. Celles-ci sont indéniablement appuyées par la bande originale bouleversante du grand Max Richter, concluant en fanfare, ou plutôt en orchestre, cette fresque puissante.


NB : Je vais spoiler quelques éléments narratifs par la suite, il est alors préférable de ne pas lire si vous n'avez pas vu le film !


Ce qui rend alors le théâtre si important dans la conception technique, c'est que ce dernier est la clef de résolution des souffrances humaines. Je pense alors à la performance absolument magistrale de Jessie Buckley, particulièrement juste dans son rôle de mère accomplissant son devoir d'aimer et celui de transmettre. Le lien qu'elle porte à l'écran avec ses enfants est d'une pureté rare, mais fragile puisque la nature peut rapidement tout emporter. Le décès d'un des jumeaux, évidemment Hamnet, perturbe l'équilibre psychologique intrafamilial : si la mère se terre dans un deuil destructeur que même ses croyances ne peuvent apaiser, le père décide de purger ce qu'il ressent dans la fameuse tragédie Hamlet. Il est alors impossible de ne pas saisir l'essence même du théâtre face à cette représentation mouvementée, où la colère du deuil alors ravivé laisse place au sourire d'acceptation, au travers d'une fin de performance monumentale pour l'actrice.


Dès lors, elle décide de ne plus s'isoler et tend sa main vers la scène, accompagnée de tout un public concerné par une souffrance biologique et universelle. Tous communient à une même douleur, à une même situation, achevant cette pièce de cinéma par un portrait bouleversant de la catharsis. En dépit du mépris que les plus anciens peuvent avoir pour le Cinéma, Chloé Zaho appuie alors son essence cathartique, au même titre que les arts classiques, au travers d'une mise en abyme finale transcendante d'intelligence et de pureté, à tel point que j'ai eu l'impression de moi-même tendre la main, immergé dans un public consumé par l'émotion.


Finalement, Hamnet n'est absolument pas le biopic que l'on pourrait croire : faux portrait de la vie de William Shakespeare, cette fresque théâtrale portée au cinéma se concentre sur l'essence même de l'art au sein de l'existence humaine. Bien loin pourtant de tout mysticisme sacralisant le théâtre et par extension le cinéma, Chloé Zaho parvient à saisir la souffrance de son spectateur pour le faire communier à une narration déchirante dans son tragique, et largement réfléchie dans son exécution. Le rideau peut alors se fermer, mais cette histoire est encore en représentation dans mon esprit, tant elle soulage par la douleur chaque souffrance que l'on peut ressentir au cours d'une vie.


PS : Je ne savais pas où l'insérer mais je tenais à mentionner la décoloration des costumes de Agnès au fil du deuil, retrouvant alors leur éclat au moment de la représentation final : quel génie !


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EDIT POST-REWATCH DU 29/01/2026 :


Le rewatch est encore plus impressionnant que le premier visionnage, ancrant chaque réplique dans un destin fataliste absolument dévastateur. Le mythe d'Orphée et Eurydice prend alors vie au travers de l'existence de William et Agnès, apportant une dimension sacrée à cette relation tragiquement somptueuse.


Ce qui marque finalement le plus, reste le silence solennel lorsque les lumières se rallument, comme si tout le monde communiait à cette tragédie à laquelle chaque être humain prenait part.

Franchooouuuille
10

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Créée

le 25 janv. 2026

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