L’Amérique du Sud est fascinante et souvent son cinéma indépendant nous invite à explorer les enjeux de cette fascination. Ce film ne fait pas exception à cette constatation. 

Pedro (incarné par Shico Menegat) est un beau jeune homme qui vit dans un quartier pauvre de Porto Alegre où de nombreux logements sont désertés en raison de l’instabilité des sols qui fait s’enfoncer les immeubles construits à proximité de la lagune d’eau douce ensablée.

A l’image du quartier qui s’enlise, la narration cinématographique va explorer l’enchainement inexorable de circonstances sociales et économiques qui vont s’abattre sur Pedro et le conduire à devenir de plus en plus seul.

Etant renvoyé de l’université pour avoir grièvement blessé un de ses condisciples qui le harcelait, il est en attente du jugement. Il s’isole alors dans l’appartement qu’il partage avec sa soeur Luiza. Pour subvenir aux dépenses courantes, il va entreprendre de monétiser ses charmes sur un site internet, en créant une mise en scène originale qui associe l’encre brute peinte sur la peau à des lumières fluorescentes afin de magnifier les méandres du corps désiré qu’il offre à ses aficionados.

C’est alors que Luiza décide de saisir une opportunité professionnelle et part pour le Salvador. Désormais, il n’a plus comme lien familial à Porto Alegre que sa grand-mère Avo qu’il voit épisodiquement. Pedro s’entend bien avec sa soeur et sa grand-mère qui sont affectueuses avec lui. 

On s’attache au personnage de Pedro, qui avec courage, loyauté, affronte l’adversité. Il est sensible, instinctif, jouisseur. Malgré son corps longiligne, il peut devenir brutal et violent, lorsqu’il s’agit de  défendre son intégrité ou certaines valeurs qui lui paraissent non négociables.

Dans le cadre de son activité sur internet, il va rencontrer Leo, un danseur (joué par Bruno Fernandes). Ils s’entendent pour faire des scènes à deux devant la webcam. Cette relation va  s’épanouir dans un échange amoureux qui permet à Pedro de s’ouvrir un peu plus et de croiser les amis de Leo.

Mais le mauvais karma de Pedro est tenace. Il va vivre une nouvelle séparation. 

En effet, Leo obtient une bourse pour des études chorégraphiques à Berlin. Nous assistons à leur dernière nuit à Porto Alegre puis, au petit matin, au départ de Leo pour l’aéroport.

La dernière image du film montre Pedro agitant ses bras avec élégance, comme lui avait montré Leo, lors d’une soirée où il restait figé et ne parvenait pas à danser. 

Ce geste mimétique d’attachement à Leo permet-il d’envisager la prise de conscience de Pedro, qu’il doit, pour s’en sortir véritablement,  briser les cycles de répétition de son existence en rejoignant son amoureux à Berlin ?

Ce film n’est donc pas superficiel mais plus complexe que ce que laisse supposer l’affiche. Il est servi par de bons comédiens, avec une mention particulière pour le jeu à nu, à vif, mais tout en justesse et subtilité de Shico Menegat.

J-J-P-P
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le 20 oct. 2023

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