25 minutes, c'est le temps que Nicolas Winding Refn a passé dans un état de mort médicale, suite à un malaise cardiaque violent. C'est un miraculé qui nous parle donc, au Festival de Deauville, de son expérience qui l'a changé à jamais : on connaissait le Refn bougon, taiseux et sûr de lui, il en est ressorti plus sensible, gentiment maladroit, et touchant. A l'image de son Her Private Hell, tiré directement de cet intervalle temporaire où "il n'était plus", soit un chaos à l'écran, incompréhensible et qui casse les yeux et les oreilles en deux, mais qu'on n'arrive pas à détester grâce à sa bonne gueule de tableau de Bosch version cyberpunk (on ne pensait pas voir ça un jour). On suit donc Sophie Thatcher dans un futur apocalyptique qui assiste à un meurtre d'une autre femme dans l'immeuble voisin par un monstre BDSM vêtu tout de cuir serré et grinçant. S'ensuit une errance dans ce Purgatoire claustrophobe (la fumée empêche de sortir, mais aussi d'y voir à l'extérieur), où l'on suit indépendamment l'intrigue de cette jeune fille et d'un autre personnage mystérieux joué par Charles Melton (le gars qui n'a - encore - aucune expression faciale... Quoique, dans ce contexte, on comprend qu'il ne soit pas jouasse) qui cherche sa fille. Il se fracasse avec des ninjas (parce que "pourquoi pas"), fricote avec la gente féminine (il enquête vachement en profondeur, le Papounet) et se met lui aussi en tête de faire la peau (de latex) à ce monstre pervers... Une fois de plus, on ne comprend rien à ses intentions, on oublie la majorité du film qu'il était là pour chercher sa fille, mais on peut aussi le voir comme un effet de ce monde infernal, qui fait oublier jusqu'à son propre but, qui n'existe que pour nous affliger de tous les vices, nous fait pourchasser par une sale bête dans des endroits stressants (satanés néons qui nous en mettent plein les rétines) et exigus... Oui, tout est dans le titre, Refn nous livre une vision aussi bordélique que fascinante de l'Enfer, une crainte existentielle qui déborde de métaphores à chaque plan. Dans notre fauteuil, on assiste à un enchaînement de scènes aussi crades (une femme qui

mange une culotte souillée par du sperme

) que poétiques (cet

escalier illuminé qui pourrait être le Salut, la porte de sortie de cet univers infernal

), en fonction de l'évolution des personnages. Alors oui, on ne va pas vous dire que le visionnage de ce film est une partie de plaisir, au contraire il est épuisant, difficile (impossible ?) à comprendre si l'on n'est pas dans la tête chamboulée de Refn (on ne fait qu'avancer des théories, mais concrètement tout le monde aura raison en décryptant un univers aussi vaste et référencé), et assez irritant pour les yeux et les oreilles. Les effets numériques sont mauvais (l'ouverture fait penser au récent Mégalopolis, avec ses bâtiments en numérique baveux), Charles Melton tire la tronche en continu, et seule Sophie Thatcher livre une performance à la hauteur des agissements dérangeants de son personnage, les seconds rôles étant tous en surjeu total, ce qui participe à la pénibilité de l'univers du film (ils se soûlent entre eux), mais aussi du visionnage "réel". C’est une expérience dont on revient aussi aveugle (et sourd) que touché par sa sincérité. C’est un chouette nanar, un film malade et bien intentionné qui mérite son câlin après s’être fait dégommer (injustement) à Cannes. Oui, dans cet Enfer, on assume d'être L'Avocat du Diable.

Aude_L
4
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Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Nanars...vous avez dit Nanars ? (et bis / WTF / nazisploitation, etc...) et Deauville 2026

Créée

le 21 sept. 2026

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