- Timéo, le cinéphile hipster en culottes courtes : "Le film est tellement deep que la protagoniste s'appelle "Elle", ça sonne comme "hell" tu vois. C'est une subtile astuce homophonique pour signifier que le personnage incarné par Sophie Thatcher est en réalité son propre enfer allégorique. Le film est une sorte de dédale surréaliste aux volutes lynchéo-freudiennes qui nous plonge dans les tourments méandreux de la psyché d'un être en pleine tempête émotionnelle tiraillé dans sa quête d'auto-émancipation et de libération du carcan patriarcal. Jusque là je n'étais pas trop fan du gus et je considère d'ailleurs Drive comme l'un des films les plus surcotés de tous les temps ; mais là je suis époustouflé par la puissance symbolique du long-métrage qui jongle avec les concepts freudiens comme Bergman slalomait dans la dépersonnalisation avec Persona"
- Moi, le vrai cinéphile : "Ton coup de poing, tu le préfères dans le bide ou dans le visage ?"
Bon ça, c'était mon intro satirique. Plus sérieusement, je n'ai plus 17 ans et je n'ai plus envie de jouer à "Devine la métaphore". Parce qu'au fil des années j'ai fini par comprendre que mon aptitude à l'analyse du contenu métaphorique d'une œuvre ne faisait pas de moi un cinéphile accompli ou quelqu'un de supérieurement intelligent. La même réflexion est valable pour les films. Un film essentiellement composé de métaphores et d'allégories n'est pas forcément un film ambitieux qui prend des risques, de même un film minimaliste n'est pas automatiquement un film indigent et peu cinématographique. On me demande souvent : "Tex, le cinéma c'est quoi pour toi ?" Eh bien mes petiots, le cinéma pour moi, c'est la capacité à véhiculer des émotions conduisant à un questionnement introspectif par le prisme des images en mouvement. Tout simplement.
Nicolas Winding Refn est parvenu à le faire à de nombreuses reprises (je pense notamment à la claque atmosphérique qu'a été pour moi Only God Forgives). Là, il se plante complètement en enquillant toutes les scories possibles et imaginables du cinéma d'auteur contemporain. C'est du cinéma de la posture ou devrais-je plutôt dire du cinéma de l'imposture. Si je devais décrire ce film en une phrase je dirais : "C'est comme un film de Dario Argento réalisé par quelqu'un qui n'a jamais vu un seul film de Dario Argento et qui en a seulement entendu parler dans les médias ou par le biais d'un interlocuteur." Petit aparté, en parlant de giallo et de métaphores, je vous recommande vivement "Reflet dans un diamant mort" de Cattet et Forzani qui réussit à peu près tout ce que NWR rate avec Her Private Hell.
Conclusion satirique =>
* Timéo se pognant vigoureusement le goujon devant la parodie kitsch de Space Opera au début du film y voyant une grande métaphore sur la perte de contrôle et la perdition existentielle
* Moi me glissant discrètement derrière lui
* Timéo au bord de l'orgasme hurlant à de multiples reprises : OH NICOLAS, YOU BEAUTIFUL CINEMA GENIUS! (parce que Timéo est bilingue)
* Moi signalant ma présence par un léger toussotement
* Timéo se retournant brusquement et interrompant sa frénésie onanique
* Moi dans un élan d'imitation talentueuse de Robert Pattinson : "You know how it looks, right?" (parce que je suis bilingue également)