Tiens, j'avais lu que le film, passé les 30 premières minutes, n'avait plus rien à voir avec l'original de Kuro. Bahhh, j'ai dû mal lire, parce qu'hormis le contexte plus contemporain, c'est juste la fin qui change, dans le sens où Spike Lee est un peu plus démonstratif et optimiste, genre le mec est vraiment devenu un mec bien qui est à l'écoute de sa famille.
Bon, le récit est moins fort, les personnages sont un peu différents ; ça reste intéressant, mais ça fonctionne moins bien, y a pas d'autres mots. Peut-être parce que Lee peint un personnage flamboyant qui finalement n'a pas trop l'occasion de justifier cette flamboyance, y a pas de scène qui exploite vraiment sa caractérisation. Et certains points importants sont vite expédiés, c'est étiré pour faire durer, mais en soi le dilemme ne se ressent pas assez. Sinon, pour le reste, ça tient la route, y a du conflit, un peu de tension, et c'est dans les démarcations que Lee apporte le plus au film, comme lorsque ce père retrouve le voleur et qu'une confrontation a lieu dans un studio ; c'est le genre de scène typique d'un Spike Lee, mais ça arrive pile au bon moment et c'est fort et tout. Et puis y a cette notion de "Do the right thing" qui hante toujours le cinéaste, même si ici on le sent un peu plus en mode automatique. Genre, avant il questionnait, il s'interrogeait, il pesait le pour et le contre car il n'était pas sûr, alors qu'ici on dirait qu'il ne cherche plus, que sa réponse c'est 'ben oui c'est ça qu'il faut faire, c'est QFD!'.
La mise en scène m'a fait peur. La première demi heure en particulier est assez mauvaise. Le bougre place des plans d'ensemble constamment (ce qui n'est pas un problème en soi) et ensuite détaille avec un contrechamp. Donc on a plan d'ensemble-contrechamp, plutôt que plan d'ensemble et champ-contrechamp. C'est très bizarre. Et ce n'est vraiment pas un insert car ce contrechamp revient souvent. Et puis en plus, on voit bien que la prise de son choisie est celle du plan rapproché, parce que dans le plan d'ensemble ce n'est pas synchro du tout et même dans la tonalité, on sent que ce n'est pas le même mood que les attitudes du plan d'ensemble. Cela crée un décalage assez peu confortable. Heureusement, par la suite, il soigne un peu plus son découpage. En plus il ne se prive pas de jolis décors de riches, et met assez bien en valeur ses acteurs, dont Denzel impeccable. Et la BO fonctionne.
Bref, ça se regarde gentiment, mais ça ne restera pas dans les anales, ce n'est même pas un Lee majeur.