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Valse viennoise
Hinterland de Stefan Ruzowitzky, dont on se souvient de l'oscarisé Les Faussaires, intrigue et fascine autant par la qualité de son scénario (avec quelques failles quand même) que par son identité...
le 23 nov. 2022
Le film se déroule à Vienne, au début des années 20, au sortir de la guerre 14/18 perdue par l’Autriche-Hongrie. Des soldats rentrent de captivité en complète perdition. Ils sont les perdants d’une époque que chacun veut révolue. Ce n'est plus le « Vaterland », c'est l'« Hinterland », d’autant que, étant symboles de la défaite, la population les délaisse et les ostracise. Dans Vienne circulent donc, les personnes mutilées, les nombreux blessés, tous les survivants de la catastrophe. On sent une atmosphère plombée avec des personnes mentalement hantées.
D’emblée, on pense aux tableaux d’Otto Dix (« Le Marchand d'Allumettes » ou « The Crippled of War »). Le réalisateur, Stefan Ruzowitzky, construit son film dans une ambiance complètement inspirée par l’expressionnisme allemand ; on songe alors aux films de Fritz Lang (« Docteur Mabuse ») et peut-être encore plus au film de Robert Wiene, « Le Cabinet du docteur Caligari » : tout est de travers, les perspectives sont faussées, les structures de la ville et ses paysages penchent et se tordent dans des angles impossibles. Tout ceci crée un visuel qui fait que le spectateur perd ses marques. C’est toute la ville qui bascule. Graphiquement, nous ne sommes pas loin des paysages d’Egon Schiele (« L’Arc des Maisons » ou « The Small City »), de George Grosz (« Metropolis ») ou même de Max Beckmann (« Synagogue de Francfort »).
Dans ce cadre urbain, Stefan Ruzowitzky colle une intrigue policière (les soldats se font assassinés, les uns après les autres, de manière sordide) ce qui permet au spectateur d’avoir un fil conducteur. Mais le plus intéressant, on l’aura compris, c’est le visuel de ce film, cette ambiance d’une ville entrée en décadence, dépravée, pourrie, « la Vienne de l’Après », que les peintres expressionnistes ont si bien rendue (on peut aussi songer à Robert Musil et à son « Homme sans qualités » où l’Autriche-Hongrie d’avant la catastrophe est présentée sous le terme de « Cacanie » expression qui se veut excrémentielle).
On voit même, en arrière-plan (« im hintergrund ») , dans cette Vienne merdeuse, par un tract à la croix gammée, une nouvelle idéologie apparaître de façon insidieuse et dont on sait qu’elle va prendre greffe sur l’humiliation des soldats vaincus, cherchant à rejeter la faute sur l’Autre (antisémitisme) et ouvrant ainsi la voie au national-socialisme.
Ce film, oscillant entre drame historique et polar, mérite donc d’être vu avant tout pour sa force visuelle et le rendu du nauséabond qui s’annonce ; ce n’est pas courant qu’un cinéaste renoue avec l’expressionnisme allemand et ça mérite d’être souligné et soutenu.
Créée
le 15 sept. 2025
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