REVU EN BLURAY
Il serait sans doute impensable de produire aujourd’hui le film d’Alvin Rakoff. Cette œuvre singulière se présente comme une comédie aux allures légères, mais dont le fond demeure d’une noirceur dérangeante. En la revoyant, impossible de ne pas songer à Attache-moi de Pedro Almodóvar : le point de départ est presque identique, une romance naissant sous la contrainte, entre malaise et désir.
Le véritable coup de génie de Rakoff fut de confier le rôle de Monsieur Hoffman à Peter Sellers. On aurait pu craindre une composition excessive, outrancière, mais il n’en est rien. Sellers habite son personnage avec une sobriété troublante, distillant une inquiétude sourde dans chacun de ses gestes, chacun de ses silences. Hoffman devient alors le miroir déformant d’une classe moyenne britannique scrutée avec une cruauté implacable. Chaque réplique, ciselée comme une arme, se retourne contre ses contemporains avec un mordant implacable.
Ironie du sort : Sellers lui-même n’aimait pas ce film. Il alla jusqu’à tenter de racheter le négatif, mais n’en eut pas les moyens. L’époque le voyait en proie à une profonde dépression ; peut-être se voyait-il trop clairement reflété dans ce Hoffman désabusé, prisonnier de ses obsessions et de son propre désarroi.