Avec Oddity, Damian McCarthy avait réussi à prouver sa capacité à créer de la tension avec des moyens limités, en faisant usage de ce qu’il avait à disposition de manière intelligente et efficiente. J’étais donc curieux de me lancer dans Hokum, dont le budget est certes toujours rachitique, mais déjà plus généreux (on passe de 1,5m$ à 5m$). Suffisamment pour se payer Adam Scott en vedette, en pleine hype Severance.
Le constat est ici le même: avec un dispositif extrêmement simple d’hôtel hanté, le cinéaste irlandais parvient à se montrer d’une efficacité redoutable. Pourtant, rien dans la thématique principale (deuil et culpabilité) n’est vraiment original. Rien dans le déroulé du récit n’apporte quoi que ce soit qui ne soit pas attendu, quand ce n’est pas simplement beaucoup trop démonstratif. Pire encore, on regrette que le folklore de l’Île d'Émeraude ne soit pas plus exploité, tout comme on peut déplorer une certaine facticité dans la résolution de l’enquête qui prétexte l’horreur.
Sauf qu’en termes de sensations pures, Hokum m’a filé de sacrées sueurs froides. Littéralement. Pourtant, quiconque a un peu traîné sur mon profil se rendra bien compte que j’écume le genre horrifique en long et en large depuis mon adolescence, tant et si bien que je peine à y trouver quelconque satisfaction dans les frissons de la chair, la terreur s'immisçant le plus souvent par les méandres psychologiques ou une montée en tension savamment orchestrée par quelques réalisateurs sadiques. Très rarement sont-ce les images pures qui m’effraient.
Mais Hokum, avec sa science du rythme et l’appropriation spatiale qu’il nous offre de cette chambre verrouillée, m’a glacé. Et ce malgré quelques jump scares putassiers ou la prévisibilité de son action. Par un simple travail de mise en scène qui est parvenu à sublimer une conception extrêmement basique de l’horreur.
Rien que cela me pousse à le recommander et à passer outre ses déficiences d’écriture, car c’est avant tout un retour aux origines spectaculaires, foraines, du cinéma que nous renvoie McCarthy. De là à dire qu’il s’agit de la meilleure horreur hôtelière depuis Shining, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement.