Joseph Blocker (Christian Bale) est un capitaine de cavalerie rongé par la haine, portant le poids de ses pertes. Rosalie Quaid (Rosamund Pike) est une femme traumatisée par un raid Comanche ayant décimé sa famille. Yellow Hawk (Wes Studi) est un vieux chef Cheyenne, prisonnier de longue date, et sur le point de succomber au cancer. Hostiles, c'est la réunion de ces personnages lancés ensemble dans un long voyage vers le Montana, où doit y être conduit le chef indien pour y mourir dignement sur la terre de ses ancêtres.
Si l'on devine assez vite que la destination importe bien moins que le chemin parcouru, on se doute malgré tout qu'au bout de cette route de sang, il sera essentiellement question de paix. La retraite, la mort, le deuil, ou l'oubli sont autant des buts à atteindre que des obstacles à éviter, comme pour nous rappeler que la vie présente n'est, en fait, qu'à la grande croisée du passé et de l'avenir, des traditions et de l'évolution, de la connaissance et du doute.
Hostiles, c'est un exemple de transition, entre les générations, entre les pouvoirs, entre les Hommes, et, parfois, entre l'individu et lui-même, lorsqu'il interroge ses propres croyances et sa propre morale pour changer. Blocker et Yellow Hawk, ancrés dans un passé qui n'est plus, sont des ennemis de principe et sont les symboles de l'impossible présent ; ils sont réunis par obligation, plutôt que par envie. Et c'est en ça qu'ils représentent malgré tout l'avenir, celui dans lequel on meurt avec rage, ou dans lequel on s'accepte et on se respecte l'un l'autre.
Scott Cooper (Strictly Criminal, Crazy Heart, Les Brasiers de la Colère) ne met pas seulement en scène la violence d'une époque, il suggère aussi celle qui a toujours existé et qui survit encore aujourd'hui (notamment en se servant de la stigmatisation des Comanches). Celle qui surgit des idées reçues, des pressions morales, spirituelles, religieuses et sociales et qui concerne aussi bien un militaire de carrière usé ou un vieillard sans lendemain, qu'un révolutionnaire ou un oppresseur contemporains. Il ne s'agit pas d'opposer binairement des idées contraires ou des personnages rivaux pour justifier la haine, il s'agit de tenter de la combattre et de lui donner une fin.
Hostiles a cette beauté crue du western fataliste, ni moralisateur, ni directif. Il montre plus qu'il ne démontre, il touche plus qu'il n'empoisonne. Il n'y a pas de gratuité à l'horreur qu'il dépeint, pas plus qu'il n'y a de prix pour la paix qu'il envisage. Quoiqu'il arrive, on sait très bien que d'autres combats seront à mener, sous d'autres formes, sous d'autres cieux. Dramatique ou heureuse soit la destinée de chacun des protagonistes, l'important est donc seulement de savoir quel coup de fusil ou quel scalp sifflera la fin du massacre...
Note : 8,5/10