Le précédent travail du réalisateur, Les brasiers de la colère, nous dépeignait une formidable galerie de personnages au service d'un scénario convenu et sans relief, qui se faisait toutefois oublier devant les régulières séquences émotions où les personnages irradiaient littéralement au travers de l'écran. La chaleur qui se dégageait d'eux finissait par l'emporter, et on partait conquis, même avec quelques regrets sur la sous-exploitation de certains personnages. Scott reprend la même formule dans un genre encore plus propice à ses contemplations humanistes : le western.
Encore une fois, la formule réussit avec brio, avec une formidable galerie de personnages, à nouveau dominée par un Christian Bale en forme qui interprète sobrement son militaire bourru, travaillé par ses décennies de service militaire dans la confrontation avec les natifs. Épaule par une belle galerie de second couteaux et d'un joli casting indien, le film se déroule au trot, consacrant nettement son investissement sur les dialogues et les interactions (évolutions) entre personnages qu'aux confrontations directes (la violence hors arme à feu finit par être évacuée de l'image, l'intérêt n'étant plus là). Rosamund Pike laisse ses rôles manipulateurs pour entrer dans la peau d'une victime en terrain fertile pour l'hostilité, et son parcours viendra enrichir la palette émotionnelle développée par le film. Il n'y aura pas énormément à en retenir sur un plan historique ou politique, même si le film s'arrange pour faire quelques discrètes allusions plutôt bien exploitées lors de leurs apparitions (évocation de Wounded Knee avec le prisonnier à convoyer, l'apparition du progressisme méprisant le passé colonialiste et les hommes qui y ont survécu...). Alors que le conversations réchauffent le coeur, l'oeil peut contempler les jolis paysages de tournage qui défilent avec la remontée vers le nord. Tout est au premier degré et respire le sérieux, ce qui fait un bien fou à l'amateur de cinéma à l'ancienne. Encore une fois, quelques personnages sous exploités, mais un résultat qui fonctionne encore mieux que les brasiers de la colère (le scénario s'arrange pour être moins prévisible ici).
Scott Cooper continue donc sur sa lancée, et parvient à accoucher d'une oeuvre proche de l'excellence, d'une originalité relative mais d'un traitement rigoureux, qui paye clairement (à condition d'apprécier les western à la The Assassination of Jesse James...).