Je me doute bien qu'il y a un gros message dans ce film. Peut-être sont-ce mes larmes qui m'empêchent de le voir. Eh oui, ce film me fait pleurer. Il y a des fois comme ça où je n'ai pas envie de voir le message. Je sais qu'il est là, trônant comme un nez au milieu de la figure, mais je fais fi. Ça m'arrive de faire fi.
Je veux juste accompagner ce petit groupe de gens, à la fois blessés et coupables d'atrocités, qui cheminent ensemble dans de sublimes paysages et à l'intérieur d'eux-mêmes. Alors, je suis d'accord, l'évolution intérieure de tout le monde est un peu rapide et la réconciliation n'est pas totalement crédible. Mais qu'est-ce que c'est beau ! J'y peux rien si ça me fait pleurer, je ne peux pas m'en empêcher.
Bale a beau avoir une moustache qui lui bouffe méchamment le visage, son regard fatigué et sa voix étouffée me tuent. Et que dire du visage paniqué de Rosamund Pike quand elle se cache avec son bébé ensanglanté dans ses bras ? Alors, oui, elle passe trop vite de la peur panique des Cheyennes à la sympathie et à la complicité, en oubliant de passer auparavant par une longue période de méfiance. Je tique un peu, vu l'horreur qu'elle a subie de la part des Comanches. Mais alors, le film aurait dû durer trois heures.
De même, la réconciliation à la fin entre les deux ennemis n'est pas crédible, même après un long voyage et une alliance résignée face à un ennemi commun (Comanches, puis trappeurs). Le soldat américain et le guerrier cheyenne ont beaucoup de sang sur les mains. Leurs griefs et leur haine sont tellement insurmontables qu'un tel rapprochement est difficile à imaginer. Mais avec les humains, tout est possible. Qui peut dire ce qui se passe dans la tête de Blocker, sergent à la retraite, et celle de Yellow Hawk, vieux chef cheyenne mourant d'un cancer ? Deux hommes en fin de parcours, usés par la violence et qui essaient de la laisser derrière eux, l'un en rentrant sur ses terres pour mourir et l'autre en quittant l'armée.
Rosamund Pike est loin d'être un faire valoir. Elle marque indéniablement le film de son empreinte et la mémoire du spectateur grâce à la longue scène d'ouverture absolument traumatisante. Son regard terrifié et sa main plaquée sur sa bouche, qui semble en même temps vouloir l'arracher, m'ont profondément marquée. Et elle est tout aussi impressionnante dans la scène où elle est recueillie par Blocker et ses hommes. Sa douleur est d'autant plus déchirante qu'elle est muette.
Le rythme contemplatif, ça me va. Je suis une grande fan de l'Assassinat de Jesse James..., alors je marche à fond pour ce genre de film. C'est beau, c'est lent, c'est émouvant, c'est dur, c'est plein de beaux sentiments sans que ça déborde et c'est super bien joué.
Ce film contient deux des plus belles scènes que j'ai pu voir récemment. Il y a la fin belle à en pleurer - ce que je fais abondamment - entre Rosamund Pike et Bale sur le quai de la gare. Oui, ça fait cliché comme ça, mais Pike qui parle en essayant de retenir ses larmes et Bale, plus moustachu et barricadé que jamais, qui l'écoute en silence, ça m'achève. Mais avant, il y a une scène encore plus belle et totalement muette, quand Bale se retourne et vient poser son front sur celui de Pike et qu'ils s'endorment front contre front sous leur tente.