En 2011, Martin Scorsese n'avait nul besoin d'affirmer son statut de boss de fin de la cinéphilie.
Il n'avait pas plus besoin de lancer des polémiques aussi stériles que dérisoires pour séparer son bon grain de son ivraie dans les colonnes du New York Times.
Il lui suffisait de laisser parler son cinéma.
Pour parler de cinéma.
Celui des origines et de l'artisanat. Quand il n'était encore qu'un art forain, quand un train qui arrivait en gare était capable d'effrayer le public qui craignait que la machine sorte de l'écran pour venir les écraser.
Celui des pionniers, à l'image du Howard Hughes de Aviator, qui avaient tout à inventer pour porter leur imagination sur une grand toile blanche et vivre tous leurs rêves comme en plein jour.
Celui qui exhalait un doux parfum d'innocence et de magie.
Soit tout ce qu'avait réussi à encapsuler Martin Scorsese en adaptant L'Invention de Hugo Cabret, écrit et dessiné par Brian Selznick, sous la forme d'un conte de Noël. En reprenant à son compte nombre de parallèles avec Méliès et Lloyd. En soulignant la métaphore des rouages créatifs de cet art encore jeune.
En s'emparant du "simple" film pour enfants que Hugo Cabret semblait être pour en faire dérailler quelque peu la formule, après avoir trouvé dans les yeux de son orphelin à la Oliver Twist toute la malice et l'émerveillement du jeune Asa Butterfeld, pour mieux inscrire ensuite Hugo Cabret dans un caractère fédérateur, voire universel.
Car sûr que le désormais vénérable Marty s'est totalement projeté dans le jeune Hugo et sa fascination pour les mécanismes, petit chapardeur pour donner vie à ses rêves et à ses visions. Sûr que c'est son propre amour pour Méliès qui transpire de chaque photogramme. Tout en montrant un plaisir évident et attendri au moment de se plonger dans l'envers du décor des films de l'artiste, en faisant revivre des décors historiques, des accessoires mythiques et des images immortelles animées des premiers effets spéciaux pratiques.
Le portrait de Georges Méliès et son histoire intime sont des plus vibrantes dans Hugo Cabret, en mêlant un léger aspect documentaire à l'admiration de la capacité à capturer ses rêves pour les porter sur la pellicule, essence même du media cinéma. Mais aussi mélancolique dès lors que le film parle de l'éphémère, du désarroi d'un magicien, de la destruction et de la perte d'oeuvres à jamais enfuies comme des songes fugaces dont on se souvient avec peine.
La 3D, quant à elle, toujours pertinente et utilisée à bon escient, s'impose comme un écho de la trajectoire de Méliès et des débuts de l'art de raconter des histoires par l'image.
La flamme ravivée dans les yeux de l'artiste enfin reconnu et sorti de son exil créatif, sous son image de sévérité, achèvera de susciter l'émotion créée par la merveilleuse poésie de l'homme. Et de nous convaincre de garder nos yeux remplis d'étoiles brillantes du plus bel éclat de l'innocence enfantine.
Behind_the_Mask, qui est un gros rin-gare.