Là où SensCritique les omet, les guillemets ont en réalité toute leur importance dans cette adaptation sulfureuse retitrée "Hurlevent". Dépassant l'adaptation, la cinéaste réécrit totalement l'ouvrage pour moderniser le cinéma du Old Hollywood, offrant ainsi une fresque érotique affranchie du code Hays.
Ce qui me frappe reste, en effet, cette contemporanéité frappante dans la cinématographie, pensant alors à ce style de décoration épuré qu'on ne retrouve que dans des villas modernes. Cela s'en suit d'une conception de costumes somptueuse, reprenant les formes d'époque pour les pimper aux motifs d'aujourd'hui : le mariage visuel entre notre temps et celui des protagonistes est alors époustouflant, rythmé par le bouleversant "Chains of Love" signé CharliXCX. Cette histoire d'amour impossible traverse ainsi le contexte d'antan pour épouser les fantasmes de notre instant.
Mais c'est bien là mon grand frein dans l'appréciation de l'œuvre : le choix des Hauts de Hurlevent. Pourquoi un ouvrage majeur et si politique devrait être réduit à un simple film d'époque contournant avec frivolité les codes du Old Hollywood ? Valoriser la romance pour éliminer ce qui gravite autour, d'après mon (peu de) connaissances du livre, est assez discutable. Le propos sociétal est complètement évincé au profit d'une romance tout bonnement traditionnelle, qu'il aurait été plus convenable d'écrire par soi-même plutôt que de s'en emparer sauvagement.
La provocation dont peut faire ainsi preuve Emerald Fennell par ses choix faillit alors à ses propres limites, puisque le concept scénaristique initial place en porte-à-faux l'ensemble de l'écriture de l'œuvre. Tout mon plaisir ne passe donc pas par l'appropriation du phénomène littéraire, mais par le détournement du code Hays. L'idéal fantasmé de l'époque semble tout droit sorti des visuels du Old Hollywood, avec en figure de proue assez évidente Autant en emporte le vent. Ce ciel rouge armant la passion du couple, cette façon de s'embrasser si vigoureusement, et cette conception d'affiche qui rappelle celle du film cité : tout tourne autour de la représentation "parfaite" des films d'époque. Mon plaisir repose alors sur la manière décomplexée avec laquelle la réalisatrice appuie l'érotisme du tout, bravant les interdits de ce genre de film : Margot Robbie & Jacob Elordi débordent ainsi d'une sensualité puissante, face à laquelle je n'ai pu être qu'hypnotisé.
Bien que je sois bloqué par la problématique de l'illégitimité de l'emploi du classique romanesque, je serai hypocrite de nier mon plaisir devant "Hurlevent", supprimant chaque règle de pudeur du genre pour offrir un film d'époque sensuel, au sein duquel je souhaiterais moi-même farouchement vivre. L'image de la modernité s'alliant à la tradition, au travers de cet amour inébranlable transformé pour se conformer à l'imaginaire contemporain, me parle terriblement, ravivant alors mon hyperfixation certaine pour le Old Hollywood