J'ai beaucoup apprécié cette plongée dans l'Afrique, la vraie, pas celle de Leonardo di Caprio ou de Marvel. La ville de Yaoundé est un personnage à part entière, avec ses rues sales, poussiéreuses, surpeuplées, à la circulation chaotique. Les scènes de la vie de tous les jours sonnent vraies et les décors montrent la réalité de la misère endémique sans complaisance.
Thomas Ngijol nous surprend avec ce film social qui n'est certes pas autobiographique mais dans lequel on sent qu'il a repris des éléments de son vécu personnel. Le commissaire Billong qu'il incarne est plein de contradictions. Fier de l'indépendance de son pays mais s'habille à l'occidental, toujours prompt à faire la morale à son fils ou son collègue, mais ne supporte pas qu'on lui fasse des reproches, il regrette la violence qui gangrène son pays mais n'hésite pas à l'employer lui-même, etc.
Ngijol dresse le portrait complexe d'un homme en crise dans un pays en crise. Les coupures d'électricité rythment le film comme elles rythment les nuits camerounaises où la corruption et la violence sont omniprésentes. Billong s'arqueboute sur ses principes ce qui le mène vers une impasse, tant avec sa famille qu'avec ses collègues. Pourtant, il saura au final entendre les voix de son entourage. Ainsi, la dernière scène de dialogue dans le poste de police, en forme de sermon au coupable, semble s'adresser à lui-même...
Bref un film dont l'enquête policière passe au second plan et ne sert que de prétexte à dresser le portrait convaincant d'un homme et d'une société, entre tourmentes et espoirs.