Ingeborg Bachmann n'est pas un biopic. La poétesse autrichienne est un prétexte trouvé par la réalisatrice pour décrire une relation d'emprise d'un écrivain célèbre sur une écrivaine célèbre, et pour faire le portrait d'une femme en quête d'amour et de liberté (avec beaucoup d'amants). Sous-titré "Voyage dans le désert", le film s'ouvre par un cauchemar d'emprise claustrophobe et se clôt par quelques vers de la poétesse décrivant un voyage mental dans le désert, qui s'achève par la rédemption.


Au départ assez planplan, comme l'est sans doute une traversée du désert, le film est construit tout en douceur. La question posée est de savoir si on peut lier l'amour, la liberté et la célébrité, et la réponse est assez pessimiste. Deux récits se croisent, l'un qui passe de la liberté à l'emprise, l'autre qui fait le chemin inverse. Ces deux parcours se retrouvent dans une mise en scène classique et resserrée. À Paris, réunis dans une scène romantique à réciter Le pont Mirabeau, les amants investissent un paysage fantasmé. En Suisse, Ingeborg est littéralement confinée chez Max Frisch, et confrontée à la réalité. Plus elle prend de libertés, plus son environnement s'élargit, plus la réalité s'évapore dans une possible rêverie : Rome d'abord, et le désert ensuite, qui donne l'occasion à la réalisatrice de se laisser aller à des plans plus amples en filmant un autre paysage métaphorique.


A noter la performance nuancée et investie de Vicky Krieps, en femme fragile et forte à la fois, idéaliste forcée au pragmatisme, qui sait ce qu'elle veut en même temps qu'elle découvre malgré elle ce qu'elle ne veut pas. Une actrice qui se libère.


Margarethe von Trotta adapte parfaitement et subtilement une histoire du passé au contexte actuel post-Metoo en rétablissant une vérité sur les rapports de domination dans le domaine artistique, entre les hommes et les femmes (ce qui, selon les mots de la poétesse allemande, correspond à une forme de fascisme privé, c'est-à-dire qui utilise l'intelligence comme un moyen de torture). N'oubliant pas de revenir à son personnage historique, la cinéaste parsème son film d'anecdotes biographiques, façon originale et subtile (peut-être un peu légère) de faire un biopic qui ne se veut pas documentaire mais plutôt mental et émotionnel.

Dormir_Debout
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le 25 juin 2025

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