Quand la mécanique Tarantino tourne à l'auto-caricature

  • Je dois bien l’avouer : je suis totalement hermétique à la magie que la critique officielle s’obstine à voir dans cet Inglourious Basterds. Admirateur de la première heure de Reservoir Dogs, où le huis clos tendu, l’écriture affûtée et la violence sèche créaient un coup de maître d’une efficacité redoutable, je ne retrouve plus rien ici de ce qui faisait le talent de Tarantino. Le cinéaste a troqué la sobriété et l'intensité de ses débuts contre un exercice de style narcissique et profondément auto-indulgent. En ressortant de ce film de plus de deux heures et demie, mon sentiment prédominant est celui d’une immense lassitude face à un spectacle qui se regarde pédamment filmer sans jamais raconter quoi que ce soit de réellement consistant.
  • ​Mon premier blocage réside dans ce rapport totalement puéril à la Seconde Guerre mondiale. Transformer la tragédie du conflit et la Shoah en un simple terrain de jeu pour revenge movie tourne-boule me pose un vrai problème de fond. Tarantino infantilise la Grande Histoire pour servir ses propres fantasmes de cinéma, réduisant la barbarie nazie à une farce grossière et superficielle.
  • ​Cette approche culmine lors de la séquence finale dans le cinéma, qui bascule dans un révisionnisme cathartique d’une facilité déconcertante. Tuer Hitler dans une explosion de celluloïd ne relève pas pour moi de l’audace créative, mais plutôt d’une incapacité flagrante à se confronter à la complexité du réel.
  • ​Sur le plan de la mise en scène, la célèbre mécanique tarantinienne m’a paru cette fois poussée jusqu’à l’écœurement. Alors que les dialogues de Reservoir Dogs faisaient progresser la psychologie des braqueurs et resserraient l'étau, les scènes de bavardage d'Inglourious Basterds souffrent d’une boursouflure verbale épuisante.
  • ​L’ouverture dans la ferme française ou la longue séquence dans la taverne en sont de parfaits exemples. La formule y devient vite télégraphiée et prévisible : une longue discussion polie sur des détails triviaux, une menace sous-jacente qui s’étire pour le simple plaisir de s’écouter parler, puis une explosion de violence sanglante. Ce schéma répété ad nauseam crée un rythme léthargique où la mise en scène s’auto-congratule au lieu de servir le récit.
  • ​Enfin, je n’ai trouvé aucune attache émotionnelle auprès des personnages, qui ne sont pour la plupart que des vignettes en carton-pâte. L’escouade des "Basterds" elle-même est une immense déception : menée par un Brad Pitt qui surjoue l’accent sudiste de manière caricaturale, l’équipe se résume à une brochette de figures unidimensionnelles dont la seule fonction est de scalper du nazi avec un fétichisme gore assez voyeuriste.
  • ​Cette violence cartoon, dénuée de la tension brute qui me faisait vibrer dans ses premiers travaux, finit par insensibiliser complètement. Il n’y a guère que la prestation magistrale de Christoph Waltz en Hans Landa, extraordinaire de politesse terrifiante, qui vienne extirper le film du naufrage absolu. C’est le seul éclair de génie dans cet océan d’esbroufe, mais il ne suffit clairement pas à sauver l’ensemble.
DirtyVal
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