Il m’aura finalement fallu 24h pour mettre le doigt dessus.


Le dernier film des frères Coen distille pendant 1h45 un sentiment diffus, insaisissable. Pendant toute la projection, cette curieuse impression que tu assistes à quelque chose de beau et maitrisé, de haute volée (voyez la critique de Kenshin, qui raconte ça en quelques très jolis mots) mais dont tu te dis également que ça ne te semble pas totalement passionnant.
Une espèce de faux-rythme dont tu ne fais que deviner qu’il est nécessaire à son propos.
Malgré tout, quelque chose te tient par les tripes, et tu n’arrives pas à pleinement saisir de quoi il s’agit. Le fait que tu passes la soirée à ressasser certaines scènes contribue au doux malaise. Le film touche à quelque chose d’essentiel, mais tu ne sais pas en quoi.


La Loose tranquille


Et puis, soudain, dans cet univers gris-neige, tout s’illumine
C’est un fait que Joel et Ethan aiment raconter, à travers chaque film, l’histoire d’un loser. Non pour s’en moquer, bien au contraire, mais pour saisir le destin banalement tragique de celui qui passe à côté d’une hypothétique belle vie, pour les millions de raisons qu’on peut imaginer. Parce qu’il y a quelque chose de bien plus universel dans la petite défaite quotidienne que dans le triomphe exceptionnel.


Et c’est précisément autour de cela que le film est centré. Le destin d’une œuvre grand public est de montrer clairement les choses, ce qui implique souvent qu’il aplanit les aspérités et va vers l’évident. Ici, tout le contraire.
Un film qui ne présenterait pas les profondes et réelles qualités de cet Inside Llewyn Davis dresserait le tableau d’un loser magnifique qui manque le coche avec ostentation. Les différents épisodes de cette tranche de vie montrerait à quel point le génie de l’artiste est sous-estimé et victime des circonstances. Une farce cruelle soulignerait le poids sinistre du destin. Ici, tout le contraire.


Le conseil des sinistres


Llewyn Davis, à moins que tu ne sois un artiste accompli reconnu par ses pairs, c’est toi.
Enfin, je veux dire, bien sûr, c’est moi. C’est nous tous.
Pas du tout parce que nous serions ignorants de nos qualités, incapables ou grotesques.
Nous sommes tous peu ou prou dotés de potentiels et d’aspirations, mais à coup sûr victimes du plus grand mensonge du discours dominant, qui affirme qu’avec persévérance tous vos rêves peuvent s’accomplir.


Parce que la vie prend précisément la forme de ce voyage vers Chicago où tout pourrait être merveilleux (une rencontre avec des êtres hors-normes) mais peut également se transformer en moment gênant et en rapport de force pathétique. Parce que la vie, c’est un chat qui se faufile dans un entrebâillement de porte sans qu’on parvienne à gérer la suite de manière cartésienne. Parce que la vie, c’est ce patron de salle qui te conseille de reformer le duo qui constitue ton seul moment d’éphémère gloire passée, sans savoir que ton acolyte s’est jeté d’un pont.
Un truc d’autant plus triste qu’il n’a même pas su choisir le pont pour faire ça avec suffisamment de panache. La vie a rarement du panache. Elle ressemble beaucoup à ce pied qui s’enfonce dans une flaque glacée et qui restera trempée pendant des heures.


Rien de grave, rien de définitif. C’est juste que des Bob Dylan, il y en a eu qu’un dans l’histoire de la musique. Et il n’y a bien que des exceptions comme lui qui puissent se permettre d’envoyer chier avec ostentation leur entourage, pour être en phase avec leur rêve de réussite, sans que cela ne prête trop à conséquence.
Sans cette forme un peu folle et rarissime d’indépendance, nous voilà condamnés à transiger, établir des compromis, dissoudre doucement nos rêves dans la boue neigeuse d’un quotidien blafard, sous peine de voir nos effets personnels se retrouver sur un trottoir, simplement parce que votre sœur en colère a respecté votre volonté un moment égarée.


Évidemment, et au bout du compte, le film est bien plus malin que ce constat froid. Sans galère, comment composer et apprécier la beauté et la limpidité d’une ballade folk comme celle qui ouvre le film ? Sans humour et sans art, comment ne pas finir empoisonné par la petite cuillère de merde que nous sert tous les jours l’existence ? Faudrait-il juste subir et se contenter d’exister ?


C'te bonne blague.

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