Un inventaire sans commentaires de la brutalité de la guerre Russie/Ukraine sous forme de longs plans urbex (mais pas vraiment, parce que les lieux ne sont pas vides pas désaffection) en caméra témoin fixe et de conversations jouées à partir d'extraits audio russes captés par l'armée ukrainienne.
Le docu avait été mis en ligne sur Arte en janvier 2025, je l'ai vu en projection au festival Premiers Plans d'Angers de la même année, et laissez moi vous dire que ça joue, surtout pour le son. Le montage sonore est partisan dans ses choix évidemment, mais pas sans nuance, et surtout c'est lui qui rythme tout le documentaire. Les scènes de destruction ne sont pas sanglantes, mais elles laissent à imaginer la vie avant, pendant et après. J'apprécie la distance caméra qui englobe les lieu de loin, comme un visiteur qui arriverait devant une maison, la visiterait pièce par pièce en constatant les restes de la vie de chaque jour de leurs occupants. Occupants dont on entend parler par ces extraits radio, justement. De manière tantôt maladroite, tantôt déshumanisante, parfois entièrement haineuse par des gens qui eux se considèrent comme parfaitement dans la norme (ce type qui insiste auprès de sa compagne de plus en plus mutique qu'il est un type bien tout en expliquant les horreurs qu'il commet avec un mélange de fascination et de confession traumatisée à son psy). Des gens qu'on ne voit pas sauf dans une étrange scène finale, très calme, aux soldats Russes prisonniers de guerre, leurs visages remplacés par IA pour un rendu très lisse, impersonnel, où tous se ressemblent.
Ce que j'ai le plus apprécié ici, c'est la portée universaliste et humaniste de l'approche. On rentre dans le paysage spécifique du conflit Ukrainien (de 2022, toujours en cours au moment du documentaire) comme dans un monde post-apocalyptique de lieux sans importance stratégique. Des écoles, des maisons, le bord d'une route. L'horreur qui s'y est glissée s'y attarde comme un fantôme alors que la nature reprend ses droits sur l'anthropocène. Savoir que ces témoignages involontaires d'une époque concerne des gens qui feront partie de nos sociétés pour les 50-60 ans à venir donne à réfléchir. Cette campagne, on peut la projeter à bien d'autres endroits, à bien d'autres époques, pour en tirer les même conclusion. On nous présente une violence endémique, de circonstance mais pas seulement. La haine aussi, les traumatismes, l'effroi sidéré, la lâcheté. Le refus de se plier à ce qu'on vous dit être souhaitable ou normal. On rentre plus facilement dans l'empathie, la compréhension de l'autre, par ce format que par deux heures de commentaire journalistique et géopolitique.
Montrer à voir et à entendre pour susciter le débat et le dialogue est aussi crucial que proposer des réponses. Cela vaut bien mieux que le silence que nous connaissons trop souvent sur ces questions.