Un film qu'il faut entendre plus que voir.
Ce film documentaire montre des images de la guerre en Ukraine façon urbex (pas d'images violentes) avec en fond sonore les conversations téléphoniques entre les soldats russes et leurs familles interceptés par les services secrets ukrainiens. Entre autres sujets, on les entend souvent parler des biens qu'ils pillent aux civils, leur famille leur disant même souvent ce qu'elles aimeraient qu'ils ramènent, comme s'ils faisaient leurs courses au supermarché. Une femme demande même à son mari de ramener...une pergola... Elle lui demande aussi un ordinateur pour sa fille "qui en a bien besoin" et des habits de sport.... Tout ça dans une conversation qui paraît tout à fait banal. La banalité du mal, comme disait Hannah Arendt. Symptôme de la déshumanisation du peuple russe opérée depuis des années par son gouvernement. Avec une pointe de jalousie dans la voix, on les entend dire qu'en Ukraine, les gens vivent beaucoup mieux, que tout est de meilleure qualité comparé à cette Russie dont ils prennent conscience qu'elle les asphyxie, gardant toutes les richesses pour une poignée d'oligarques corrompus en laissant une petite partie à l'investissement dans l'armée et les services de reneignement. Alors qu'ils pensaient être accueillis comme des héros par le peuple Ukrainien, on les entend dire à leur famille que ça va durer plus longtemps que prévu. Ils sont dans la plus totale incompréhension. Les soldats comme leurs familles commencent à douter du sens de ce qu'ils font en découvrant la dure réalité : ils ne sont pas là pour sauver le peuple Ukrainien. Pire encore, ils ont pour ordre de tuer tous les civils qu'ils croiseraient pour s'assurer qu'ils ne dévoilent pas leurs position à l'armée ukrainienne, comme un soldat le dit très clairement à sa femme. Il lui raconte les forêts jonchées de cadavres, uniquement des civils, des endroits qu'il décrit lui-même comme étant "pire que des cimetières".
Et là on n'en est qu'à la 14ème minutes du film, il reste 1 heure 15. Que va-t-on encore entendre d'autre comme folie meurtrière ? Tout semble possible.
Intercepted a remporté plusieurs prix prestigieux dont le Grand Prix lors du festival RIDM à Montréal et le Prix du meilleur documentaire international au Festival de Cracovie. À la Berlinale 2024, il a aussi reçu la mention spéciale du Prix Amnesty International reconnaissant son engagement pour les droits humains et la mention spéciale du Prix du Jury œcuménique soulignant sa dimension éthique et humaine.
Le film est disponible sur Arte, dans la collection "Génération Ukraine" : https://www.arte.tv/fr/videos/114590-000-A/interceptes/