Les films prenant pour cadre l'exploration spatiale sont légion. Dans l'espace, on a à peu près tout vu, tout connu, de la panique à la claustrophobie, en passant par l'émerveillement, l'introspection ou encore le massacre de peuplades extraterrestres plus ou moins hostiles... La question est donc de savoir si, en 2014, Christopher Nolan est capable de nous apporter quelque chose de nouveau dans ce domaine, quelque chose qui réussirait à surprendre encore les vétérans de la conquête spatiale que nous sommes devenus.
Sur une planète Terre touchée par une forte détérioration des conditions climatiques, le personnage principal, interprété par Matthew McConaughey, est un ancien pilote, reconverti dans l'agriculture à cause du rapide déclin des ressources alimentaires disponibles sur terres. Recruté par ce qu'il reste de la NASA, il doit mener un groupe de scientifiques à travers l'espace à la recherche de nouveaux mondes habitables: sur ses épaules repose donc le dernier espoir de l'humanité. Autant dire que le scénario ne brille pas par l'originalité d'une idée de départ qui a déjà été déclinée à l'envie. Le problème est qu'il ne brille pas non plus par sa conclusion: dans la dernière demi-heure, Nolan se perd dans une envolée philosophique mal maîtrisée et peu convaincante, qui vient laisser un goût amer. Tout cela alors que les deux heures et quelques qui ont précédé ont été un réel plaisir.
Car Interstellar a de nombreuses forces.
La mise en scène est maîtrisée et certains plans sont superbes. Le jeu des différents acteurs est honorable, avec une mention spéciale pour Matthew McConaughey, très bon en père de famille résigné à sacrifier son bonheur personnel pour faire son devoir.
La partie introductive, se déroulant sur terre, profite d'une ambiance particulière. La fin du monde s'y fait sentir de manière feutrée: il n'est pas question de catastrophe violente et imminente, mais d'un monde tombant petit à petit en poussière (littéralement!), et dans lequel l'humanité continue (ou essaye) de vivre selon les normes de la société.
Les scènes de voyage dans l'espace sont une réussite: les sentiments de vide, de vertige et de danger mortel ont rarement été aussi bien retranscrits: Nolan parvient à le faire tout en douceur, en jouant sur le silence, les mouvements et les dimensions, sans surenchère de scènes catastrophes, dépressurisations ou autres trous dans la coque...
Enfin, les moments de danger et de suspens sont bien amenés, car deux sentiments se font face, liés à un enjeu fort: d'un côté, un fort stress lié à l’occurrence possible d'une catastrophe; et de l'autre côté, un sentiment d'exaltation lié à la découverte d'un nouveau monde, et à la possibilité pour l'expédition d'atteindre son objectif.
Interstellar remplit donc partiellement son objectif. On ne s'ennuie jamais et les deux premières heures sont même franchement réussies. Cependant, si l'absence d'originalité dans l'idée de départ n'est pas un gros problème en soi, la conclusion plutôt ratée et très nébuleuse empêche le film d'être une réussite totale.