Irréversible (2002) est une œuvre d'une ambition formelle radicale, qui rejette d'emblée toute intention de réalisme sociologique ou documentaire. Juger le film sur son exactitude dans la représentation de la vie parisienne est une erreur de catégorie, car l'intention de Gaspar Noé est celle du cinéma sensoriel et viscéral.
Le cœur de son génie réside dans sa structure inversée. Cette chronologie qui va du pire au meilleur (du chaos à l'innocence) devient une véritable « porte de sortie » pour le spectateur, lui donnant la possibilité d’imaginer une autre histoire, un autre destin. Le film est une mise en scène, et cette structure nous rappelle la liberté de refaire l'histoire, malgré la fatalité apparente.
La mise en scène est d'une technicité écrasante : les plans-séquences longs et les mouvements de caméra rotatifs, particulièrement dans le premier tiers, créent un malaise physique délibéré et un sentiment de prison pour le spectateur. Contrairement à certaines critiques, les scènes de longs dialogues ne sont pas inutiles, mais sont des moments d'ancrage plausibles et intéressants qui servent le dispositif narratif.
Si la force du film repose sur la chimie brute du duo Cassel/Bellucci, c'est la performance du troisième acteur, Albert Dupontel (Pierre), qui est particulièrement marquante. Irréversible est finalement une expérience qui, malgré la controverse, s'impose comme une œuvre maîtresse qui pousse le spectateur à défier la fatalité. La beauté de la scène finale (qui est le début) est une invitation puissante à se refaire l'histoire et à s'imaginer une trajectoire bien plus belle, offrant l'illusion d'une échappatoire.
Résumé de la Critique : Irréversible est un exploit de cinéma pur qui rejette le réalisme au profit du style. Sa chronologie inversée et sa mise en scène radicale forcent le spectateur à s'échapper de la fatalité, faisant de la dernière (première) scène une promesse de réinvention.