Jay Kelly, un acteur américain de 60 ans, se sent dans une impasse personnelle où il sent être passé à côté de sa vie personnelle. Accompagné de son manager, il va prétexter un hommage dans un festival italien pour faire un road trip depuis la France, et ainsi faire le point sur son existence, aussi bien son passé que son devenir en tant qu'homme.
Noah Baumbach tourne pour la quatrième fois avec Netflix, avec un sommet qui fut Marriage story, et cette nouvelle collaboration donne lieu au fond à un portrait en trompe-l’œil de l'acteur George Clooney, où d'ailleurs toute la notion de faux-semblant parcourt le film. Oui, il a du succès depuis 35 ans, mais ne sent-il pas être passé à côté de lui-même, à savoir ses deux filles, son ex-femme, bref passé à côté d'un existence normale dont seule la présence de son manager lui rappelle être raccroché dans le monde des mortels ? J'avoue qu'au début, j'ai eu un peu de mal à accrocher à ce rythme indolent, mais une fois arrivé en France, où il va aller en Italie en train, ce qui va sidérer les quidams de voir une star prendre place à leurs côtés, il y a tout un côté souvenirs qui prend place jusqu'à un final très émouvant où en quelque sorte, c'est toute sa vie, artistique et personnelle qui défile sous ses yeux, et que les attraits en sont finalement séduisants, malgré les contraintes de la célébrité.
Comme je le disais, j'y vois aussi un portrait (in)conscient de George Clooney, qui est devenu un peu une star par accident, qui a eu des enfants assez tardivement, et dont la vie a été comme une spirale jusqu'au moment de la sortie de Jay Kelly où il a quand même pas mal réduit la voilure en se faisant rare sur les écrans. De là à y voir même des adieux de l'acteur, je n'oserais faire le pas... Outre les excellentes prestations du casting, Adam Sandler en manager sorte de conscience de Jay Kelly ou la courte présence de Laura Dern, celui qui m'a le plus touché est sans nul doute Billy Crudup, qui marque les esprits durant sa courte présence car il incarne en quelque sorte celui qui s'est fait voler sa carrière entre guillemets par Jay Kelly, lequel lui avait donné la réplique dans un casting quand ils étaient jeunes hommes, et que ce dernier avait tapé dans l’œil d'un recruteur sans le vouloir. J'y vois aussi dans ce passage ce qu'aurait pu être le destin de cet acteur mésestimé s'il n'avait pas refusé de jouer le rôle de Leonardo Di Caprio dans Titanic...
Le film est beaucoup plus riche qu'on peut le croire, souterrain à plusieurs endroits, et se révèle au fond après un début un peu laborieux. De plus, Baumbach va même tenter un hommage au cinéma italien quand le personnage joué par Clooney va revenir en quelque sorte dans le passé, lors du tournage d'une scène de lit où le réalisateur fait un cameo, ou ce fameux premier casting, et il se voit comme un usurpateur qui a eu beaucoup de chance en étant une star, mais au détriment de sa propre existence.