2
le 23 juin 2026
Suivrebobof
Jim Queen se veut une anomalie dans le paysage cinématographique actuel. Sauf que les auteurs n'ont manifestement pas le niveau pour un long-métrage de cinéma. Pourtant, les retours sont souvent...
Il serait peu dire que Jim Queen a été l'anomalie de cette 79e édition du Festival de Cannes. Projet difficilement financé par crowdfunding, premier film du studio Bobbypills derrière des séries comme Kassos et Peepoodo, avec un humour qu'on pouvait deviné très irrévérencieux et un univers pouvant être très fermé... et pourtant le film a eu sa première mondiale au Festival de Cannes en étant l'un des tout premiers film à être projeté en Séance de Minuit. Si l'idée ne semble pas si évidente d'entré (car on peut douter de la qualité d'un film avec autant de problème dans sa production), elle le devient très vite lorsque l'on voit les premières images très encourageantes et que l'on constate l'enthousiasme général autour de l'un des tout premiers films d'animation Bobbypills à arriver au cinéma, qui plus est au Festival de Cannes, générant au passage l'un des moments les plus drôles de la conférence de presse lorsqu'il a fallu annoncer le film, avec un Thierry Frémaux pas encore hésitant avec l'univers du film. La projection et les réactions dithyrambiques ont été les cerises sur le gâteau qui n'ont fait que démontrer la nécessité de proposer de l'animation plus underground dans un événement comme celui-ci. Rien que pour cela, nous ne pouvons que saluer l'accomplissement de l'équipe du film, et espérer que cela puisse déboucher sur une meilleur acceptation de l'animation à Cannes (travail déjà entamé avec Flow et visiblement bien consolidé avec Le Corset qui a remporté le prix spécial du jury à Un Certain Regard). Maintenant, j'ai pu voir le film en marge de la projection cannoise et je dois avouer avoir eu besoin de poser mon avis avant de le mettre sur papier car j'ai eu du mal à être convaincu.
Il est important de préciser que, au vu du sujet et des thèmes abordés, le film a été extrêmement difficile à ce financer, au point qu'il a fallu plusieurs campagnes de crowdfunding pour pouvoir arriver au bout de la production et de la post-production du film. Pourtant, si l'on peut très rapidement voir des stigmates de ce contexte difficile (effets de comics animation, arrière plan très inégale, figurants parfois mal dessinés...), le film sait très bien les faire oublier. Enfin, le film arrive à trouver un compromis intéressant entre le film d'aventure accessible au plus grand nombre, le film musicale léger, et l'objet de subversion très régressif avec un humour assez trash. Tout réside en l'utilisation intelligente de certains codes du conte, de l'héroïque fantaisie, de la comédie musicale afin faire une sorte de patchwork d'aventure. Cette notion de patchwork se ressent aussi dans la représentation de la communauté gay avec différents clans qui s'affrontent malgré leurs similitudes et dont il faut rassembler pour combattre un ennemi commun. Il serait se mentir que le film n'arrive pas à être divertissant et bien rythmé, on peine à voir le temps passer, et on ressort globalement satisfait de la séance. Maintenant, je n'arrive pas à ne pas voir de gros problèmes dans l'approche et la construction du film.
Il est évident que le film allait souffrir du comparatif avec ce qu'a pu proposer le studio dans le passé, et on ne peut que regretter un film très timide et réservé dans son traitement globale. Quand on me parle du studio Bobbypills, je pense à Naroute , Lumière et son Death Note, ou même ouai-ouai des Kassos, je pense à Peepoodo et son cours très imagé de comment fonctionne la prostate chez les personnes âgées (tout ça sans trop me focaliser sur l'animation pour adulte du côté Melting Production avec Seniors 3000 ou la trilogie Bubbleman Superstar). Il est évident que le film a dû s’assagir dans sa phase d'écriture afin d'être montrable en salle avec une large diffusion, et cela se ressent des scènes sensée être des vrais moments de plaisirs régressifs et trash, mais qui se limite à soit des répliques dites en coup de vent, soit des symboles phalliques qu'on présente comme de l'exotisme... dans l'univers gay parisien. Mis à part les séquences en boite de nuit (et encore, j'ai quelques problèmes sur la dernière, on y reviendra plus tard) et peu être la bataille finale, j'ai eu l'impression que le film restait toujours en surface afin de soit éviter la vanne de trop, soit éviter que la vanne aille trop loin pour la cantonner à un modèle "présentable au public", même si parfois cela vient à l'encontre des bonnes idées que propose le film. Un parfait exemple de cela reste la scène de climax et de "soin de Jim et de la communauté hétéropositive avec la chloroqueer par Lucien" qui, dans un film qui veut prôner la mise en lumière des marginalisés et du bonheur d'être soi même, n'est que suggestion et hors champ. On rappelle que le film provient de la même boite de production qui nous avait proposé Sandy des Kassos... c'était il y a maintenant 10 ans.
Tout cela s'explique par un mauvais traitement du récit de conte qui plonge le film dans une vision presque passéiste du récit d'aventure. Quand on parle du traitement du conte en animation au cinéma, la référence indétrônable dans le domaine reste Dreamworks qui a su démontrer son amour des récits de conte en sachant faire vivre l'essence même du récit oral selon son époque. C'est pour cela que, malgré leurs rapports très personnels à la bien séance, les films Shrek et Shrek 2 fonctionnent par rapport à la critique acerbe de la lecture traditionaliste et la démarche capitalistique qui motive les adaptations de conte chez Disney. Dans le même registre, il n'était pas étonnant que Dreamworks ait adapté leur traitement du conte (avec Les Bad Guys, Le Chat Potté 2 : La dernière quête, et Le Robot Sauvage), en remettant en avant une lecture plus traditionnelle du conte (sans jamais s'enfermer dans du traditionalisme), afin de critiquer l'évolution du studio Disney vers une hybridation médiatique qui tend à une uniformisation de la création et à une mise en retrait du travail humain au service des algorithmes de recommandation (avec Jumpers du côté de chez Pixar, ou même Zootopie 2). Il est alors très révélateur de voir Jim Queen reprendre fidèlement des scènes de films Disney (en reprenant parfois des scènes traits pour traits avec une parodie de Partir Là-bas de La Petite Sirène) et voir que, malgré un discours qui veut remettre en question une vision traditionaliste de penser le cinéma d'animation (sur la place des minorités, sur la possibilité de parler de sexualité et de proposer un contenu réservé aux adultes...), il réutilise les codes et structures narratives qui sont le moteur de ce qui est condamné par le film. Mais plus que de laisser l'impression d'un mauvais propos de fond, cette réutilisation de la narration fait qu'on est très vite emmené vers une route qu'on connait déjà et qui n'est pas réapproprié outre mesure. On définit une princesse, un preux chevalier, une arme pouvant sauver le monde du chaos, et on enchaine les étapes permettant de trouver le macguffin qui sauvera l'humanité. Le souci étant, en plus de ne pas faire évoluer les personnages dans leurs relations ou même leurs capacités (que ce soit Jim ou Lucien, personne n'apprend ou ne fait évoluer quoi que ce soit), la suite d'épreuve et l'accumulation d'étape laisse transparaitre une structure narrative très redondante qui alourdi le visionnage et rend mécanique la rencontre entre les différentes communautés: On présente une communauté, le duo rencontre une personne, cette personne impose une épreuve, puis donne un indice pour aller à l'étape suivante.
Malgré des gimmicks assez quelconques, on a cette impression d'essentialisation des communautés et des personnages qui sont résumés à des fonctions avant de représenter qui que ce soit. On a les ours qui sont gros "donc" avec un caractère bourru, les sœurs de la perpétuelle indulgence sont efféminée et cachent une grande tendresse derrière un caractère parfois un peu hautain, les kiffeurs sentent les chaussures comme des stunners donc le seul kiffeur du film doit avoir des caractéristiques presque rasta le tout dans une mise en scène rappelant la chenille d'Alice aux Pays des merveilles... On a cette impression de devoir résumer dans les grandes lignes sans prendre le temps de vraiment faire vivre ces communautés autrement qu'avec des clichés et des caractéristiques que l'on peut deviner sans même s'intéresser à elle. On le voit notamment à travers la représentation des hétérosexuel, qui se résume en la famille de Lucien, ou en des figurants à peine visible le temps d'une scène de bar où Lucien crie de manière enthousiaste qu'il va sauver les hétéropositif, ainsi que de la caractérisation de l'hétérose qui consistent à résumer l'hétérosexualité en un beauf qui comprend le foot et peut avoir un comportement toxique et agressif. Si la vanne passe bien car dans un second degré plutôt acide, se moquant presque d'une certaine vision biaisé de l'hétérosexualité, mais la vanne devient beaucoup moins efficace lorsque l'on voit que le film vient à répéter la vanne plusieurs fois et qu'elle ne cherche pas à aller au delà des clichés que l'on connait déjà. Tout cela vient renforcer une forme de malaise sous-jacent qui parcours le film en creux. On veut nous parler de la communauté LGBTQIA+, donc à minima constituée de la communauté gay, mais aussi lesbien, trans, et bisexuel... qui ne seront pas mis en avant par le film. On a l'homosexualité masculine du côté des fans de bodybuilding, l'homosexualité masculine du côté des frêles qui ne s'assument pas encore, l'homosexualité masculine des gros bourru qui boivent de la bière et qu'on caricature à travers des ours, les homosexuels masculin adeptes du drag... mais où sont les femmes ? Où sont les trans ? Il y a cette sensation bizarre de voir des centaines de personnages masculins homosexuels parfois interchangeable, mais de l'autre on peut compter les représentations féminines sur les doigts de la main alors que le film dit vouloir parler de représentation et d'inclusion. On a presque ce sentiment d'entre-soi qui rêve d'ouvrir un univers au monde, mais qui peine à s'ouvrir au monde. Ce n'est pas aidé par le choix de placer le film quasi intégralement à Paris, connu pour être socio-comportemental très renfermé et déconnecté des préoccupations extérieurs au point d'être à l'origine d'un nom incalculable de parodie de ce qu'on appelle communément les "bobo parisiens", et n'évoque jamais des questions comme la place de l'homosexualité dans les campagnes ou dans les milieux modestes. Le film esquive la possibilité de nuance pour se focaliser sur une lecture facile et presque simpliste de son sujet. Le coming-out est symbolisé par un personnage qui doit (littéralement) sortir d'un placard, ce même personnage est "forcément" "outrancièrement homosexuel" (à collectionner les sex toys et magazines homo-érotiques), et on met de côté l'idée que les personnes catégorisés comme hétérosexuel ne peuvent pas être eux aussi intéressé par la culture queer.
Mais outre cela (qui est assez mineur en soit), mon plus gros souci et que, plus que la vision du conte par Disney, le film semble reprendre aussi la vision Disneyenne du cinéma, avec une notion de cycle et d'uniformisation du divertissement, qui empêche toute possibilité d'exotisme. Un des exemples les plus parlant à ce sujet est la scène de karaoké sur J'irais où tu iras de Céline Dion qui, même si elle est stimulante, reste beaucoup trop traitée comme une épreuve dans le parcours du héros, et pas assez comme un moment de lâché prise qui aurait donné au film une vrai bouffée d'air frais. La chose est d'autant plus flagrante lorsque l'on se remémore la scène d'introduction de Jim, en fanfare dans la salle de sport, qui propose une exubérance que le film n'arrivera jamais à atteindre dans sa globalité, mis à part quelques scènes éparpillé dans un récit très consensuelle. Il y a cette idée que le changement est avant tout un danger à combattre et que, in fine, les personnages luttent avant tout pour un préserver une stabilité plutôt qu'une remise en question contre un mal qui mettrait en danger la communauté. Si l'on montre une situation qui a besoin d'une remise en question durant le film, il n'est pas tant question de profiter de ce changement pour faire évoluer les choses. On le voit surtout dans son final qui, à travers la dernière scène de boite de nuit qui reproduit quasiment à l'identique la première scène de boite de nuit, malgré que les personnages aient un peu changé et que les choses sont sensé avoir évolué depuis. Si les personnages changent de place, l'organisation et la manière de penser la communauté reste strictement la même. Cela résume presque un immobilisme latent qui, malgré l'aventure et les propositions, se complait presque à préserver un milieu que le film souhaite voir évoluer, mais qu'il aime également préserver de tout changement.
Plus que critiquer le film sur ce qu'il est, je reproche surtout à Jim Queen de ne pas être ce qu'il aurait pu être. Si le film sait être divertissant, drôle, touchant par instant, j'ai plus l'impression de voir un potentiel manqué par contrainte de production ou par manque de moyen. Je n'accuse pas les réalisateurs d'avoir manqué d'ambition dans la conception d'un tel projet. En revanche, je pense que le film aurait pu davantage marquer les esprits grâce à une proposition plus cohérente et mieux réfléchie, qui aurait trouvé le moyen d'être moins pudique et d'incarner davantage la liberté de ton et de mœurs qu'il cherche à mettre à l'honneur. Un grand merci malgré tout à Bobbypills et à toute l'équipe derrière ce film pour cette proposition, espérons que d'autres projets suivront... plus ambitieux je l'espère.
10,5/20
N’hésitez pas à partager votre avis et le défendre, qu'il soit objectif ou non. De mon côté, je le respecterai s'il est en désaccord avec le miens, mais je le respecterai encore plus si vous, de votre côté, vous respectez mon avis.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les films les plus attendus de 2026 et Les meilleurs films de 2026
Créée
le 19 juin 2026
Critique lue 348 fois
2
le 23 juin 2026
SuivreJim Queen se veut une anomalie dans le paysage cinématographique actuel. Sauf que les auteurs n'ont manifestement pas le niveau pour un long-métrage de cinéma. Pourtant, les retours sont souvent...
8
le 6 juil. 2026
SuivreLe cinéma se vit en salle : le petit phénomène autour de la première projection de Jim Queen en séance de minuit lors du dernier Festival de Cannes en témoigne. Euphorique, délirant, trash et camp,...
9
le 4 juin 2026
SuivreDans le paysage de l'animation mondiale, la représentation gay reste une affaire de marges - clins d'œil périphériques, personnages secondaires tolérés, ou dans les meilleurs cas, une inclusion sans...
10
le 20 sept. 2024
SuivreIl est difficile pour un studio d'entamer un nouveau chapitre de son histoire. Chez Disney, après la mort de son créateur, il y a eu tout un bouleversement qui a poussé le studio à se réinventer et à...
9
le 21 déc. 2022
SuivreIl n'est pas rare que les contes, ainsi que les récits de la littérature orale, commence par "il était une fois...", "Il y a bien longtemps" [...] Le temps de la mémoire nous situe dans une longue...
5
le 2 mars 2026
SuivreIl est devenu un sport international que de taper sur les propositions Disney. C'est notamment le cas des propositions modernes Pixar qui, en plus d'être assimilés de manière injuste aux productions...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème