Jim Queen
7.5
Jim Queen

Long-métrage d'animation de Marco Nguyen et Nicolas Athané (2026)

« Jim Queen ? Allons Jordan, tu es bien sûr ?

– Mais oui, Marie-Caro. Seb en revient et il m'a dit que c'était super, hyper gai, qu'il a beaucoup ri...

– Oui enfin... Ça a l'air d'être un simple dessin animé ton truc. Moi je serais plutôt allée voir Backrooms.

– Ah non, Marie-Caro ! Pas Backrooms. Avec les élections qui approchent, j'ai pas envie qu'on me surprenne à la sortie d'un film dont le titre fait une référence à peine voilée aux bars pour sodomites !

– Oui enfin regarde l'affiche de ton dessin animé, là. C'est tout rose, il y a un petit cœur jaune, des toutous en laisse...

– Eh bah, ce sera parfait ! Un dessin animé, c'est pour les enfants. Au moins on ne prendra aucun risque politique et avec un peu de chance, cette fois-ci, on comprendra le scénario jusqu'au bout... Allez, tiens, assieds-toi là, c'est ta place. H88...

– Oh mais non ! On est encore vachement excentrés sur la droite, là !

– Oui bah quand c'est Nicolas qui paye, c'est Nicolas qui choisit.

– C'est peut-être aussi pour ça qu'on ne comprend jamais rien aux films qu'on va voir. On ne voit rien d'ici.

– Oui bon, ça va, chut. Ça commence déjà... »


« 🎶 Tsoin Tsoin Tsoin ! On est les Jim Queeeeeen !!! 🎶

– Jordan...

– Chut ! J'essaye de suivre. Tu sais que j'ai du mal avec les comédies musicales. Rappelle-toi, le Roi Lion...

– Oui mais Jordan… Regarde ! Tout ce rose, ces mecs bodybuildés en collant qui font de la muscu…

– Oui oui, je vois. L’exaltation de la virilité pure. C’est rafraîchissant de retrouver ça dans une œuvre dédiée à la jeunesse. Comme quoi, ça y est, on est en train de la gagner cette foutue bataille culturelle, Marie-Caro.

– Mais enfin, non ! Ce film est juste giga gay !

– Ah ça ! Seb nous avait prévenus…

– Non mais merde ! Tu as du brun dans les yeux ou quoi ?! Regarde ça ! Ils se roulent des galoches ! Et là ils s’enculent littéralement dans les chiottes !

– Rah mais oui ! Tu as raison ! En même temps, j’aurais dû m’en douter en voyant le logo du CNC ! Voilà où partent nos impôts ! Vite ! J’envoie tout de suite un SMS à Benito pour qu’il prévienne son clebs de la commission !

– Bon… Après, je suis en train de consulter la fiche de financement du film sur mon téléphone. Ça n'a coûté que 5 à 6 millions. Le CNC n’a mis que 10 % de la somme. Le reste c’est du financement participatif, des aides publiques régionales et belges…

– C’est déjà trop ! Bon allez ! Trèfle de plaisanterie ! Viens Marie-Caro, on s’en va ! »


« Marie-Caro… ? Tu viens?

– Attends attends… Regarde. Ils sont en train de devenir hétéro, là, j’crois.

– Comment ça ?

– Bah si, regarde bien. Un châtiment divin est en train de les rendre moins gay…

– Ah bah, oui. C’est vrai, ça… Finalement, il n’est peut-être pas si mal que ça, ce film… Je me disais aussi qu’il en envoyait quand même pas mal dans la gueule des pédales.

– Ah ça c’est sûr que ça les épargne pas ! Quel portrait ça tire d’eux ! Des pauvres types autocentrés, superficiels, qui passent d’une conquête à l’autre. De tristes adeptes de la culture de l’image et qui ne vivent qu’au travers des réseaux sociaux…

– Tout l’inverse de nous…

– Roh et puis regarde… Il y a même une Gay-stapo ! Hu hu hu…

– Bah quoi ? C’est bien la Gestapo, non ?

– Non, Jordan. Maintenant on doit dire que ce n’est pas bien. Pense à l’élection.

– En tout cas, moi j’trouve leurs uniformes vachement classes.

– Tu parles de la Gay-stapo ou de la Gestapo ?

– Les deux. Les pédés et les nazis, on pourra pas leur retirer ça : ils savent se fringuer.

– Oh ! Ils chantent « j’irais où tu iras » de Céline Dion ! J’adore cette chanson.

– Bien sûr qu’ils chantent du Céline Dion. Ce sont des gays. Ce film, c’est un vrai bus touristique de la scène gay parisienne : salles de gym, boîte de nuit, bar de bears, soirée karaoké, jardins du Louvre, scène drag

– La vache, mais tu as l’air de vachement bien connaître le monde gay finalement, Jordan…

– Moi ? Connaître le monde gay ? Non mais n’importe quoi ! ...C’est juste Seb qui m’a expliqué un peu…

– N’empêche qu’ils chantent vachement bien dans ce film... »


« Quoi ? ...Pourquoi tu me regardes comme ça, Jordan ?

– Dis-donc, Marie-Caro… Tu ne serais pas en train de prendre ces personnages en sympathie, par hasard ?

– Moi ? Mais bien sûr que non ! Comment le pourrais-je ? Ils sont pédérastes ! Mais bon, après moi je n’y suis pour rien si ce dessin animé se révèle étonnamment bien troussé en tant que divertissement !

– Étonnamment quoi ?

– Non mais regarde ! Il est trop mignon le petit Lucien qui se cherche et qui, du coup, se voit initié par un mentor !

– Initié, initié… Déniaisé, tu veux dire ! Regarde, là, le Lucien, il se rend quand même bien compte que son Jim Parfait est loin d’être parfait !

– Oui mais ça reste malgré tout trop mignon parce que, en retour, Lucien participe lui aussi à initier Jim ! En fait, c’est un vrai conte initiatique ! Construit à l’ancienne ! Et le film pousse le vice jusqu’à raccrocher à ce conte tous les codes guimauve à la Disney ou à la Baz Luhrmann – telles les chansons, l’excentricité, la naïveté – et il les rompt ou il les détourne en permanence avec des refs très trash, pour encore mieux renforcer son effet comique. Tiens, comme avec le gaydar par exemple !

– Le gaydar ? Tu veux parler de leur super-pouvoir, là ?

– Oui ! Et c’est d’ailleurs poilant que ce soit présenté comme tel ! Avec des visuels très shonen ! C’est ce qui fait d’ailleurs de ce film un pur concentré de culture pop de son temps !

– Ah ? C’est pour ça que la salle passe son temps à se marrer ? La vache, il y en a même un qui pleure en se tenant les côtes.

– Faut dire, le film est vraiment dense et ne cesse de partir sans cesse davantage plus loin dans l’absurde ! Bah tiens, d’ailleurs… C’est moi où Dieu est représenté sous forme d’une prostate géante ?

– Une quoi ? »


« Roh mais c’est insupportable tout ces gens qui se marrent ! Et je ne vois pas ce qu’il y a de drôle ! Regarde, Marie-Caro ! Nos forces de l’ordre se font ridiculiser dans ce film !

– Allez les gays !

– Qu... Pardon ? Attends, qu’est-ce que tu viens de dire ? "Allez les gays" ?

– Euh non non non… J’ai dit "Allez les bleus"…

– Ne me mens pas, Marie-Caro. Je t’ai entendu ! Tu as crié "allez les gays" !

– Oui bon, d’accord, c’est vrai… J’y peux rien. Ça m’a échappé. Mais ce n’est pas de ma faute ! C’est la faute à ce film ! Il rend ces gays beaucoup trop sympathiques !

– Quoi ?! Mais comment est-ce possible ?! Ils sont caricaturés à l’extrême ! Et ce film ne cesse de multiplier les outrances !

– Oui mais justement, je crois que c’est le piège de cette satire ! A assumer l’outrance et l’exacerbation de cette culture gay, j’ai l’impression que ce film tend à en désamorcer tous les stigmates ! C’est comme si ce truc était une gigantesque pride à laquelle même les non-gays voudraient participer juste parce que c’est trop festif !

– Raaaah ! Dépravation ! Mais alors tu es en fait en train de me dire que, finalement, ce sont ces pourritures de wokes qui sont en train de gagner la bataille culturelle ?!

– Tais-toi donc ! Regarde ! Ils vont s’embrasser ! C’est trop mignon !

– Certainement pas ! Je ne vais pas m’infliger ça plus longtemps ! Je te laisse avec ton film de Kassos, Marie-Caro ! Moi je vais aller me refaire la cerise chez Seb. Ce soir il organise une soirée "Cuir moustache et Hugo Boss". Un vrai truc de mecs. Les meufs sont d’ailleurs pas acceptées. Et tant mieux ! Parce qu’avec cette société qui part à vélo, je crois bien qu’on va vraiment en avoir besoin de ces bons moments entre vrais bonhommes… »

Créée

le 24 juin 2026

Critique lue 398 fois

Critique lue 398 fois

14
7

D'autres avis sur Jim Queen

Jim Queen

Jim Queen

2

BigDino

1123 critiques

bobof

Jim Queen se veut une anomalie dans le paysage cinématographique actuel. Sauf que les auteurs n'ont manifestement pas le niveau pour un long-métrage de cinéma. Pourtant, les retours sont souvent...

le 23 juin 2026

Jim Queen

Jim Queen

8

Sergent_Pepper

3192 critiques

Le gay savoir

Le cinéma se vit en salle : le petit phénomène autour de la première projection de Jim Queen en séance de minuit lors du dernier Festival de Cannes en témoigne. Euphorique, délirant, trash et camp,...

le 6 juil. 2026

Jim Queen

Jim Queen

9

cadreum

1118 critiques

Le gros banger

Dans le paysage de l'animation mondiale, la représentation gay reste une affaire de marges - clins d'œil périphériques, personnages secondaires tolérés, ou dans les meilleurs cas, une inclusion sans...

le 4 juin 2026

Du même critique

Tenet

Tenet

4

lhomme-grenouille

2945 critiques

L’histoire de l’homme qui avançait en reculant

Il y a quelques semaines de cela je revoyais « Inception » et j’écrivais ceci : « A bien tout prendre, pour moi, il n’y a qu’un seul vrai problème à cet « Inception » (mais de taille) : c’est la...

le 27 août 2020

Ad Astra

Ad Astra

5

lhomme-grenouille

2945 critiques

Fade Astra

Et en voilà un de plus. Un auteur supplémentaire qui se risque à explorer l’espace… L’air de rien, en se lançant sur cette voie, James Gray se glisse dans le sillage de grands noms du cinéma tels que...

le 20 sept. 2019

Disclosure Day

Disclosure Day

2

lhomme-grenouille

2945 critiques

Minority Brainrot

Vous aimez Steven Spielberg ? Le grand ? Le vrai ?Eh bien, mettez la main sur Rencontre du Troisième type et (re)voyez-le vous.Revoyez-le vous parce que – je vous le dis – ce n’est pas avec ce...

le 10 juin 2026