Jim Queen
7.6
Jim Queen

Long-métrage d'animation de Marco Nguyen et Nicolas Athané (2026)

Cela faisait un petit moment que j'attendais la sortie officielle de ce long-métrage assez unique en son genre, dont les bandes-annonces promettaient une franche rigolade. Comme je vais très rarement au cinéma, j'avais tout de même une légère appréhension : mes attentes étaient suffisamment élevées pour rendre la déception possible.


La première surprise de la séance fut de constater qu'à mon grand étonnement, nous étions loin d'être exclusivement entre gays dans la salle. Bon, le premier type que j'ai croisé au dernier rang était en pleine conversation sur Grindr, donc on ne pouvait pas non plus parler de territoire totalement neutre.


Et j'avoue que, dans un contexte où le conservatisme progresse partout dans le monde et où la haine du progressisme s'affirme sans complexe (lois anti-LGBT en Afrique, meurtre de Noam passé presque inaperçu, sondages inquiétants pour 2027), il est plutôt réconfortant de voir qu'un film aussi ouvertement queer attire un public qui ne se limite pas aux seuls amateurs de plaisirs prostatiques.


Jim Queen est un véritable feu d'artifice de références, mêlant avec une efficacité redoutable culture queer et culture populaire. On y croise pêle-mêle Seven, Rick et Morty, Sixième Sens, Sailor Moon, la Team Rocket, RuPaul, La Petite Sirène, The Last of Us, Peepoodo, Koh-Lanta ou encore L'Exorciste.


L'une des réussites du film est d'ailleurs de parvenir à prendre les spectateurs hétérosexuels par la main sans les perdre dans les méandres, pourtant relativement simples, des différentes tribus qui composent le monde gay masculin. Les néophytes y trouveront suffisamment de repères pour suivre les blagues, tandis que les habitués riront à gorge déployée : chaque personnage évoque inévitablement les pratiques ou fantasmes d'un ex, d'un pote, d'un plan cul, de nous-même ou de ces parfaits inconnus qui, à deux heures du matin sur une application, ont jugé indispensable de présenter leur CV sexuel directement en images.


J'aurais toutefois aimé que le panorama soit un peu plus large. Certaines figures pourtant bien connues brillent par leur absence : les amateurs d'uro, les « hétéros » curieux mariés avec enfants, les éternels « hors milieu » qui passent leur temps à expliquer combien ils détestent le milieu, les chubs ou encore les survêts. Le tableau reste donc volontairement simplifié.


On peut également regretter que les autres composantes de la galaxie queer soient absentes : lesbiennes, personnes transgenres ou non binaires.


Je pense en tout cas qu'avec mon homme, nous n'avions pas autant ri au cinéma depuis des années.


Jim Queen, c'est ce mec que tu vois partout sur Insta et sur Facebook : un connard égocentrique qui passe sa vie entre clubs, saunas et Basic Fit, et qui excelle dans l'art de créer sur les réseaux du contenu vide et aguicheur dans le seul but de gagner des followers et de vivre grâce à OnlyFans. En gros, c'est la moitié des stories Facebook que je vois en 2026 (ça et les polémiques racistes ou conservatrices rances)...


Et c'est précisément ce qui rend le personnage si drôle : il est immédiatement identifiable. Chaque gay ou presque a déjà croisé un Jim Queen, que ce soit dans sa liste d'amis, sur une application ou au détour d'une soirée.


Lucien, son premier fan, est un twink dans le placard, tyrannisé par une mère homophobe, savant mélange entre Marine Le Pen (dont la photo du Borgne trône au-dessus de son bureau) et Christine Boutin.


Dès son entrée en scène, on a droit à une revisite absolument hilarante de Partir là-bas, de La Petite Sirène, où les tire-bouchons sont remplacés par une collection de plugs et de godemichets. Le décalage est total et donne immédiatement le ton : absurde, irrévérencieux et parfaitement assumé.


Le film a également le mérite de faire le choix, salutaire à mes yeux, d'être politique. On y trouve des interventions de CRS, des parodies de la Solution finale et de la Gestapo, des piques adressées à Bayer, mais aussi des critiques de la superficialité et de l'intolérance qui peuvent exister au sein même du milieu gay. Le chemsex, les thérapies de conversion, le complotisme ou encore Didier Raoult en prennent également pour leur grade.


Le film n'oublie pas non plus les hétérosexuels, avec quelques moqueries gentillettes à l'encontre du mâle qui s'est laissé aller, ne jure que par le football, les gros seins et Patrick Sébastien. Là encore, le trait est forcé, mais jamais au point de devenir réellement méchant.


Cette capacité à se moquer de tout le monde, y compris de son propre camp, contribue largement à rendre l'ensemble aussi drôle qu'efficace.


Le message final est simpliste, mais il fait du bien. La communauté, malgré ses différences, ses querelles et les mépris mutuels qui la traversent, sait encore s'unir lorsque sa survie est en jeu. Un rappel salutaire à une époque où certains gays commencent eux-mêmes à critiquer la Pride, comme si les droits dont nous bénéficions aujourd'hui allaient de soi.


Très heureux, en tout cas, d'avoir découvert ce petit bijou avec mon bear à moi et de m'être totalement reconnu en Lucien dès qu'il a commencé à chanter du Céline Dion !!!!!!

guigui32140
10
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le 20 juin 2026

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guigui32140

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