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le 23 juin 2026
Suivrebobof
Jim Queen se veut une anomalie dans le paysage cinématographique actuel. Sauf que les auteurs n'ont manifestement pas le niveau pour un long-métrage de cinéma. Pourtant, les retours sont souvent...
Dans un Paris coloré, vitaminé et résolument queer, une maladie fait rage parmi les gays : l’hétérose. Parallèle évident, mais résolument humoristique, avec l’épidémie du sida, cette dernière transforme ici les gays en caricatures d’hétéros footeux et bedonnants. Quel scandale alors lorsqu’elle touche Jim, véritable icône du culte du corps parfait. Contraint de s’allier à Lucien, petit maigrichon encore bien caché dans son placard, qui représente tout ce qu’il méprise, il part à la recherche d’un remède miracle.
Jim Queen est une comédie satirique et jubilatoire, probablement le meilleur coup de frais de 2026. Déjà parce que son intrigue est drôle, intelligemment écrite et parfaitement rythmée. Il y a un véritable sens de la métaphore et du bon mot (l’hétérose, la Gaystapo…) et on retrouve l'esprit des Kassos, réalisés par le même studio : un humour qui jongle constamment entre satire, références culturelles et détournements. Entre cette reprise de La Petite Sirène version gay ou cette séquence qui détourne Mad Max en transformant une Gay Pride en convoi post-apocalyptique, le film est un concentré de références cinématographiques et pop.
Mais ces références ne deviennent jamais un prérequis pour apprécier le film. Elles enrichissent l'univers sans exclure le spectateur. L'animation joue ici un rôle essentiel. Elle permet de pousser les métaphores beaucoup plus loin que ne l'aurait permis une prise de vue réelle : les bears deviennent littéralement des ours, les corps sont volontairement caricaturés, les décors débordent de gags visuels. Le film repose sur un vrai sens du rythme et du gag "à l'ancienne". Les scénaristes et les animateurs exploitent chaque plan, chaque décor et chaque arrière-plan pour y glisser une nouvelle blague. À une époque où les grands studios préfèrent souvent refaire leurs classiques en live action plutôt que d'exploiter les possibilités infinies de l'animation, je trouve salutaire de voir un film utiliser pleinement ce médium. On sent un vrai plaisir de composition et une envie d'exploiter tout ce que permet l'animation.
Personnellement, j'ai énormément ri. Il y a même une blague où je crois qu'on n'était que deux à rire dans la salle : celle sur la tour de la Villette. C'est mon quartier et la manière dont le film la représente est irrésistible quand on connaît les lieux. Mais justement, même lorsqu'on ne possède pas toutes les références, le film reste drôle. J'aime beaucoup cette scène où Lucien découvre pour la première fois une boîte de nuit gay et où on lui explique, presque pédagogiquement, qui est qui et qui fréquente qui. Le film montre très bien que le milieu gay n'est pas un bloc homogène : il possède lui aussi ses codes, ses hiérarchies et ses discriminations. Pourtant, il ne tombe jamais dans le cours magistral. Il préfère intégrer tout cela naturellement à son récit.
C'est d'ailleurs là que je trouve que le film atteint un équilibre assez rare. J'ai entendu certains lui reprocher de ne représenter qu'une partie de la communauté gay et de ne pas être un film plus largement LGBTQIA+. Je peux comprendre cette attente, mais je trouve que c'est presque lui reprocher de ne pas être un autre film. En resserrant son propos, Jim Queen ne cherche pas à faire un catalogue des identités ou à vous expliquer comment fonctionne la communauté. Il raconte avant tout une aventure, tout en normalisant des personnages et des situations qui restent encore trop peu représentés. Jim lui-même est un personnage profondément intolérant, confronté de manière volontairement caricaturale à ses propres préjugés. Le film montre ainsi que les discriminations existent aussi au sein des minorités, sans jamais perdre son humour.
Peut-être qu'il ne sera pas assez militant pour certains. Peut-être qu'il ne sera pas assez politique pour d'autres. Il préfère la métaphore au discours frontal, l'humour à la leçon. Il rappelle, mine de rien, que l'humour peut être une arme redoutablement efficace. Au contraire, je trouve qu'il réussit quelque chose de très difficile : proposer une véritable comédie populaire, accessible et jubilatoire, tout en portant un discours engagé qui n'est jamais gratuit. Cet équilibre est extrêmement compliqué à trouver, encore plus à financer, et je trouve que Jim Queen y parvient avec une énergie communicative.
Je suis ressorti de la salle avec le sourire. C'est un film qui fait du bien. Un vrai feel good movie qui ne prétend pas résoudre tous les problèmes du monde, mais qui rappelle avec beaucoup d'humour qu'on gagnerait parfois à simplement lâcher prise. Et rien que pour ça, il mérite largement le détour.
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Créée
le 12 juil. 2026
Critique lue 6 fois
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