Jumpers
6.6
Jumpers

Long-métrage d'animation de Daniel Chong (2026)

"Pixar signe un film sur le courage de la révolte — et recule au moment de conclure. Jumpers est beau, drôle, inventif, porté par une animation somptueuse et un sens du gag qui fait mouche. Mais à force de brouiller ses convictions et de ménager son public, il finit par ressembler au compromis qu’il prétend dénoncer. Une fable écologique généreuse, esthétiquement irréprochable, et politiquement timorée."


"On est plongé sans détour dans une lutte de préservation de la nature, où l’explosivité de la jeune Mabel Tanaka garde un temps son spectateur à distance. Son hystérie est pourtant justifiée : une éco-anxiété de plus en plus familière, des mesures draconiennes sacrifiant la faune et la flore sur l’autel d’une rocade que le maire Jerry souhaite achever en vue de sa réélection. L’opposition semble d’abord limpide. Mais Jerry est précisément là pour la brouiller les pistes. Ni ogre ni cynique assumé, il est l’incarnation la plus troublante du capitalisme ordinaire — avenant, accommodant, presque sympathique, et néanmoins destructeur. Il ne détruit pas la forêt par malice, mais par pragmatisme carriériste, absorbé dans une mécanique qui le précède et le dépasse. C’est le visage banal du système. Et c’est, d’une certaine manière, bien plus inquiétant qu’un antagoniste franchement maléfique. Sauf que cette nuance finit par se retourner contre le film lui-même — on ne peut pas vraiment haïr Jerry, donc on ne peut pas vraiment se révolter avec Mabel."


"Quelque part entre Avatar et Mission : Impossible — et le film lui-même en est conscient, puisque la professeure de Mabel en fait la citation —, Jumpers s’amuse habilement à changer de point de vue et de masques pour ses personnages anthropomorphes, dont on tire toute la mignonnerie. C’est là un point fort que Daniel Chong, créateur de la série We Bare Bears, sublime grâce au soin esthétique dont Pixar a le secret. L’animation est somptueuse, le design des animaux-robots d’une inventivité réjouissante, et quelques idées visuelles renversent les codes avec un sens du gag inattendu — notamment autour d’un animal, qui n’est pas censé se déplacer dans les airs. L’effet de surprise est désarmant. Ces audaces, malheureusement, restent trop rares."


"Reste l’émotion — ou plutôt son absence. Argument principal d’un studio qui s’est toujours efforcé de ne pas infantiliser son public à outrance, elle est ici sacrifiée sur l’autel de la prudence. On a connu Pixar bien plus percutant : les versants lacrymaux d’En Avant ou la philosophie douce et brutale de Soul dépassaient ce que Jumpers propose. Le prologue sur la grand-mère disparue paraît forcé, redondant avec ce que Coco avait déjà accompli avec bien plus de grâce. À croire que toute l’identité de studio se repose ici un peu trop sur ses acquis pour pleinement convaincre. Et c’est dommage, car il y avait là un terrain de jeu fertile pour taper à la fois sur la culture du capitalisme triomphant et sur la tronche des batraciens, ces mal-aimés de la forêt. Jumpers est un film généreux, souvent drôle, esthétiquement irréprochable — mais qui, à force de vouloir ménager tout le monde, finit par ne blesser personne."


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Cinememories
5
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le 6 mars 2026

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