Renaissance, donc : après 6 volets en constante baisse qualitative, et alors qu’on nous avait déjà servi la recette désespérée du retour aux origines en convoquant le cast originel dans un essoufflement pixelisé, on nous fait le coup d’un Rebirth.
On sait avec quel cynisme la franchise a très tôt exploité ses propres contradictions, qui sont d’ailleurs au cœur du dispositif de base : montrer comment, par appât du gain dans l’industrie du divertissement, les capitalistes se font prendre à leur propre jeu. Renaissance joue donc cartes sur tables, en ouvrant, après un prologue où le placement de produit pour Snickers devient le bug dans la machine, sur la « lassitude du public » et le cantonnement des dinosaures à des réserves naturelles interdites à la population. Soit l’abandon d’un élément central, la question du parc, et l’interaction des bestioles avec des touristes en mal de sensations fortes.
Back to basics, donc. On passera sur les invariants pénibles (un motif pour y retourner, des gens qui disent toujours non alors qu’on sait qu’ils vont accepter, l’inévitable ajout d’une famille et d’enfants, des passés traumatiques, un dilemme entre l’appât du gain et la philanthropie…), les incarnations randoms de personnages dénués de toute personnalité, et l’adjonction d’un dinomignion destiné à accompagner les Happy Meals.
Ce nouvel opus, réalisé par un cinéaste amoureux du spectacle de bonne facture (Gareth Edwards, à qui l’on doit Rogue One et The Creator), a l’intelligence fondamentale de la modestie. Une intrigue élémentaire en forme de jeu de plateau, où la mission tripartite variera les plaisirs et les décors, sur l’eau, la terre et dans les airs. Pas de twists, au point qu’on devine bien souvent à l’avance les jeux à venir. Et pour cause : chaque scène peut être considérée comme une variation des éléments iconiques du premier opus. L’ouverture dans un espace clos qui finit mal, le canot qui renvoie au toit en plexi de la jeep, les rayons de l’épicerie à ceux de la cuisine… Mais plutôt que d’y voir un plagiat sans âme, saluons les efforts de découpage et de mise en scène d’Edwards, qui joue habilement des grands espaces (l’étendue marine, la falaise vertigineuse, les boyaux des souterrains) et y distille une vision fragmentaire de ses monstres, dissimulés dans la houle, la brume, les reflets ou un hors-champ à l’arrière des personnages (le canot gonflé, ou lors d’un besoin naturel sous haute tension). La seule nouveauté, paresseuse variation sur les expérimentation hybrides, est à mettre au crédit des reproches, les nouvelles espèces se révélant la plupart du temps plus laides que fascinantes.
Sur les ruines du monde d’avant, le retour du plaisir semble donc envisageable : celui des enfants face aux monstres, capables même, luxe devenu si rare, de s’émouvoir lors d’une séquence où l’admiration pour ce monde perdu reprend enfin ses droits. Durant cette parade amoureuse s’épanchant sur toute l’étendue du plan général, Edwards le disciple pose un genou à terre et rend à Spielberg ce qui lui appartient, tandis que Desplat fait de même avec Williams. Dans la fertilité des hautes herbes, à l’écart de la foule, une petite lueur d’émotion qui palpite dans les cendres du blockbuster.
(6.5/10)