Encore une fois, l’histoire nous ressert le vieux duel éculé : le méchant laboratoire contre le reste du monde, les intérêts financiers cupides face à une poignée de héros au grand cœur. Bref, rien de nouveau sous le soleil jurassique, si ce n’est que le manichéisme américain, déjà pénible en temps normal, frôle ici sa propre caricature pure et simple. Aucune nuance, aucun sous-texte, rien de moins frontal ou plus subtil pour nourrir un tant soit peu le spectateur.
On en attendait bien mieux de David Koepp, pourtant scénariste du premier Jurassic Park — un script alors intelligent, rythmé et encore auréolé de la patte Spielberg. Mais nul n’est Spielberg qui veut. Si le premier opus avait déjà ses failles, Renaissance les multiplie et les aligne comme un triste inventaire : incohérences, invraisemblances grossières et facilités scénaristiques à la pelle. On en viendrait presque à regretter Le Monde d’Après, c’est dire.
Côté réalisation, Gareth Edwards, pourtant brillant sur Rogue One, livre un travail d’artisan sans passion. On le sent prisonnier d’un cahier des charges sur lequel il n’a pas eu voix au chapitre : aucune prise de risque, aucune vision, juste un blockbuster calibré pour remplir le frigo. Résultat : un film sans âme, sans chair.
Le seul capital sympathie reste ces pauvres dinosaures (d’où la note de 3/10) — encore faut-il supporter de les voir réduits à de vulgaires effets spéciaux, loin des animatroniques fascinants que Spielberg faisait aimer et craindre à la fois. Ici, tout est numérique, lisse et souvent ridicule, jusqu’à ce dino mutant à 6 pattes dont la seule raison d’être est de flatter une niche de spectateurs dans lesquels je ne me reconnais pas. Même le T-Rex est sous-employé, les vélociraptors sont transparents, et chaque apparition de monstre semble surgie de nulle part pour tenter de décrocher un jumpscare cheap. Quant aux clins d’œil au premier film, ils sont balourds et sans éclat, comme un hommage bâclé sans panache.
Les scènes d’action, censées faire frissonner, se contentent d’un service minimum. La tension n’existe pas, les sursauts non plus. On s’ennuie ferme devant cette nième course au sang de dino, d’autant que les personnages, tous plus stéréotypés les uns que les autres, ne suscitent aucune empathie. Les comédiens sont sous-exploités, réduits à débiter des lignes de dialogue prévisibles, et les drames humains sont téléphonés à des kilomètres. Même le cliché du baiser de fin est évité de justesse — on se console comme on peut.
Reste la musique, et là encore, c’est la douche froide. Loin des habituelles envolées inoubliables de Desplat, la bande originale est plate, anonyme, sans souffle. La photographie glaciale achève de rendre le tout inerte, malgré quelques jolis lieux de tournage qui surnagent péniblement.
En fin de compte, Jurassic World : Renaissance est un produit industriel sans âme, qui prend encore une fois le spectateur pour un neuneu à qui l’on sert une bouillie prémâchée. La saga méritait mieux qu’un septième opus aussi fade. Un blockbuster préhistorique au sens le plus littéral du terme : daté, rance et déjà fossilisé.