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Ça va trop vite
Critique non exhaustive se focalisant surtout sur les points négatifs du film pour contre-balancer un peu la masse de gens qui disent que le film est parfait et qu'Astier est un génie du cinéma,...
le 21 juil. 2021
Attendu comme le Graal par les fans, Kaamelott : Premier Volet marque le grand retour d’Alexandre Astier dans l’univers arthurien qu’il a patiemment bâti à la télévision. Douze ans après la diffusion du Livre VI, l’ambition n’est plus de faire rire à travers des sketchs quotidiens, mais de plonger dans une fresque épique, plus sombre, plus vaste, et surtout cinématographique. Astier reprend ici son costume de roi déchu, dans un royaume sous le joug tyrannique de Lancelot, tandis qu’une résistance hétéroclite cherche à le faire revenir. L’intention est noble : relancer la légende à la manière d’un Star Wars version bretonne, à travers une trilogie, en posant les bases. Mais à trop vouloir tout embrasser d’un coup – humour, émotion, tragédie, mythologie, action –, le film peine à trouver un véritable équilibre. La nostalgie est là, la générosité aussi, mais le souffle, lui, se fait attendre.
Astier ne se contente pas de reprendre les codes de la série. Il construit un récit à plusieurs époques, aux multiples points de vue, imbriquant politique, aventures, souvenirs d’enfance, flashbacks militaires, intrigues sentimentales, et stratégies de résistance. Le résultat ? Un foisonnement parfois indigeste, où chaque scène semble précipitée vers la suivante sans avoir le temps d’exister pleinement. Le rythme est cassé par une construction morcelée qui accumule les fils narratifs sans réussir à tous les nouer : certains personnages emblématiques font un passage éclair (Guenièvre, Merlin), tandis que d’autres, nouveaux venus, prennent une place mal équilibrée dans l’ensemble. On sent la volonté de poser les fondations d’une épopée, mais la structure du film reste trop éclatée pour pleinement fonctionner en tant qu’œuvre autonome.
La grande force de Kaamelott résidait dans son casting savoureux et la finesse de ses dialogues. Ici, le casting est pléthorique, parfois trop. Astier en roi Arthur usé, en quête de sens, s’éloigne de la verve acide qui faisait son charme dans la série. Plus mélancolique que souverain, il campe un personnage brisé qui tarde à (re)prendre le pouvoir. Face à lui, Lancelot (Thomas Cousseau) peine à incarner une menace crédible, englué dans une posture de tyran lunatique mais peu impressionnant. Heureusement, certains retrouvailles sont jubilatoires : Karadoc et Perceval offrent toujours un contrepoint burlesque bienvenu, et Léodagan (Lionnel Astier) tire son épingle du jeu dans des scènes plus rythmées. Les caméos (Chabat, Cornillac, Clavier) apportent un cachet supplémentaire, mais s’apparentent parfois à des clins d’œil plus qu’à de véritables rôles narratifs.
La musique, composée par Alexandre Astier lui-même, se veut à la hauteur des ambitions épiques. Et, sur ce point, le pari est réussi. La bande-son élève certaines scènes à un niveau émotionnel qu’elles ne possèdent pas forcément par le seul jeu ou la mise en scène. Cordes dramatiques, cuivres héroïques, et thèmes récurrents soutiennent efficacement l’atmosphère, même quand le récit peine à suivre. On note d’ailleurs une belle utilisation du silence dans les moments plus intimes, créant un contraste intéressant avec la densité sonore de certains affrontements ou scènes de tension.
La réalisation d’Astier tente de passer de la série au grand écran avec une certaine élégance. Certains cadres sont soignés (la Tour de Ban, le désert, la clairière), les décors impressionnent, et l’univers visuel bénéficie d’une direction artistique sérieuse. Pourtant, tout n’est pas au niveau espéré. Quelques effets numériques manquent de finition, et certaines scènes d’action paraissent confuses ou trop statiques. Le choix de tourner en 2.35:1 donne de l’ampleur, mais la mise en scène reste globalement illustrative, sans réelle fulgurance de cinéma. On sent un artisan appliqué, mais pas encore un metteur en scène accompli.
L’un des paris de ce premier volet est de densifier la mythologie arthurienne selon les codes astieriens : Méléagant, Excalibur, la Dame du Lac, les Burgondes, la magie en berne… Autant d’éléments qui nourrissent l’univers, mais sont pour l’instant posés comme des pions. L’enjeu autour de l’épée sacrée, le passé traumatique d’Arthur, la montée en puissance de nouveaux chevaliers, tout cela manque de respiration et de clarté. Le film joue sur la symbolique (la table ronde reconstituée, l’escalade de la tour, la renaissance par le feu), mais ces métaphores fortes sont souvent noyées dans un trop-plein de dialogues ou de scènes secondaires.
Kaamelott : Premier Volet donne le sentiment d’un prologue étiré. L’œuvre prépare clairement une suite (voire deux), et préfère ouvrir des portes que d’en refermer. C’est à la fois sa force (on sent un univers riche et pensé sur le long terme) et sa faiblesse (le film peine à se suffire à lui-même). Astier parvient à convoquer l’émotion par moments, à faire sourire souvent, mais sans retrouver le tranchant et la densité comique de la série. La lente montée dramatique n’aboutit que dans les dernières minutes, qui offrent enfin une intensité bienvenue… trop tardive pour vraiment marquer les esprits.
Kaamelott : Premier Volet est un film généreux, souvent touchant, mais bancal dans sa structure et timide dans son humour. Si l’ambition de bâtir une épopée arthurienne à la française force le respect, le résultat reste celui d’un film de transition, hybride entre nostalgie télévisuelle et tentative de cinéma grand public. Astier a les clés de son royaume, mais il peine encore à ouvrir toutes les portes. Espérons que les prochains volets fassent jaillir la magie là où celui-ci n’a fait qu’ébaucher son retour.
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