''Kika'', c'est le nom de l'héroïne que nous allons suivre.
Mère de famillle travaillant comme assistante sociale, sa vie va s'effondrer quand son nouveau partenaire - que le film a pris à un malin plaisir à bien nous introduire pour que nous nous y attachions - va mourir du jour au lendemain d'un AVC.
Elle est enceinte de son enfant, mais se retrouve sans logement et en pleine difficulté financière.
Être logée par ses parents envahissants et devenir poissonnière à mi-temps ne sont pas des solutions tangibles sur le long terme, en plus de l'épuiser.
Kika va alors repenser à une de ses clientes qui lui avait dit qu'elle payait son loyer en vendant ses sous-vêtements sales sur internet.
Son premier acheteur va lui demander lors de la transaction qu'elle l'humilie afin d'obtenir un bonus. Cela va l'amener petit à petit à entrer dans le monde de la prostitution en tant que dominatrice.
Alexe Poukine propose ici un film très humain, mêlant initiation au BDSM et deuil. Deux sujets atypiques à additionner, mais dont le mélange et le traitement sonne au final très juste.
Là où nous aurions pû nous attendre à une comédie dramatique faisant de l'humour sur ces sujets, notamment avec l'héroïne qui verrait son nouveau métier révélé au grand jour auprès de ses proches : il n'en est rien.
La réalisatrice esquive ces clichés et ne juge pas ses personnages, que cela soient les travailleuses du sexe ou leurs clients.
Ces derniers sont même pour la plupart très touchants.
La douleur est ici montrée comme pouvant être libératrice, en étant choisie et contrôlée. Et cela pourrait même finir par servir à notre héroïne.
Il y a quand même des scènes pouvant faire rire, mais la comédie tient son origine de l'inexpérience de l'héroïne au début du récit.
En effet, ce long-métrage nous fait bien comprendre que la prostitution BDSM n'est pas une pratique facile. Un apprentissage est nécessaire, et il y a des règles à bien établir entre travailleuse et usager.
L'histoire nous amène également à voir différentes pratiques sexuelles - le BDSM étant une pratique très large - et portraits de prostituées, la rendant assez ludique, notamment à travers les différents conseils que reçoit l'héroïne.
Et pour finir, je salue la beauté de ce format 4/3 nous mettant au plus près des personnages, additionné à un travail de la colorimétrie et du son maîtrisé.
La bande originale de Pierre Desprats m'a même bouleversé à la fin, en me faisant réaliser la claque que je mettais prise.
Sans oublier le jeu d'actrice de Manon Clavel, qui sonne très authentique.