Deux révélations en un film c’est plutôt rare! Il y a d’abord Manon Clavel qui interprète le personnage principal – Kika donc – et, conséquemment, le rôle-titre. De sa voix grave et suave et par son physique brut, loin des canons de beauté habituels, associé à un jeu d’un naturel confondant, elle irradie la pellicule. Surtout qu’elle est dans le rôle difficile d’une protagoniste qui évolue dans un milieu délicat, celui du BDSM (relations sexuelles à base de bondage, humiliation et sado-masochisme). Et elle s’acquitte de ce défi comme une professionnelle et sa prestation devrait lui valoir les louanges de la profession voire une probable nomination aux prochains Césars.
La seconde révélation, c’est la réalisatrice qui nous vient du documentaire. Après avoir en avoir tourné un sur les dysfonctionnements de l’hôpital, sujet ô combien dans l’air du temps et notamment au cinéma, et un autre sur les violences sexuelles, Alexe Potkine s’offre sa première incursion dans le monde du cinéma de fiction avec une œuvre plus légère. Elle y traite de deux sujets oscillants entre une certaine gravité sur le fond mais traités avec beaucoup de légèreté. Il y a d’abord ce thème le côté plus classique avec la précarité et le fait de devoir boucler ses fins de mois quand arrive un drame imprévu dans sa vie et l’autre sujet, bien plus rare et surprenant, de la prostitution dans le milieu BDSM.
« Kika » semble couper en deux parties appréhendant chacun des deux sujets mais le second est finalement la résultante du premier et la bascule se fait avec une fluidité évidente. Dans les deux cas, malgré ce cadre plutôt lourd et dramatique – voire tragique puisqu’il y a aussi la notion de deuil qui plane sur le film – jamais Potkine ne s’appesantit sur des moments lourds ou larmoyants. Au contraire, tout est tourné pour que l’on s’approprie ce film comme une bulle d’oxygène salutaire. Quand Kika découvre la facilité avec laquelle elle peut se faire de l’argent dans ce milieu interlope et marginal, on rit de ses maladresses et de ses surprises.
La valeur ajoutée du long-métrage est sans conteste le regard que porte la cinéaste sur ses personnages. « Kika » parvient à démarginaliser aussi bien la prostitution, montrant une sororité joyeuse, que les clients de ces pratiques peu conventionnelles. Elle les vulgarise même en montrant des gens parfois troublés, parfois en manque d’affection mais aussi juste adepte de violence pour le plaisir. C’est souvent drôle, parfois touchant même mais jamais scabreux. Ce qui n’était pas forcément facile. Parfois elle frôle la gêne pour le spectateur et elle se rattrape toujours et n’y sombre jamais. Un véritable tour de force à ce nieau. Le film ne souffre que de petites longueurs sur la dernière ligne droite et d’une séquence dans la toute fin qui dénote du reste et qu’on a du mal à interpréter, entre « Fight Club » et « Martyrs ». Sinon c’est un grand oui!
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