KPop Demon Hunters
6.6
KPop Demon Hunters

Long-métrage d'animation de Maggie Kang et Chris Appelhans (2025)

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Lolirocks 20 ans après, que sont-elles devenues ? le film

Il serait peu dire qu'on a entendu parlé de K-POP Demon Hunter, qu'on entend encore parlé de K-POP Demon Hunter, et que cela soit encore le cas jusqu'aux Oscars (voire lors de la sortie d'un second film, ce qui sera très probablement le cas) où le film peut décrocher 3 nominations à l'image des Golden Globes. N'étant pas familier avec l'univers de la K-pop et ayant beaucoup trop de mauvais échos du star système coréen, j'étais parti pour ne pas voir ce film que j'interprétais comme un produit de divertissement ayant pour but de promouvoir un univers qui ne me parle absolument pas. Pourtant, force est de constaté que la communication autour du film (surtout au niveau des chansons) a finis par m'avoir et, même si je préfère les films réflexifs aux films de divertissement... parfois c'est cool d'être bien diverti. Après m'être souvenu du plutôt bon moment passé devant des films de divertissement comme Vaïana 2 (et ayant au préalable oublié délibérément une bonne parti de l'expérience qu'a été le film Zootopie 2), je me suis rendu compte que je ne connaissais pas de réel alternatives à Disney dans le secteur du film de divertissement américain en animation, Dreamworks étant d'avantage tourné sur des propositions réflexives que réellement divertissante (même si des films comme Chat Potté 2: La Dernière quête ou Le Robot Sauvage sont très bons, ils le sont parce qu'ils sont avant tout réflexif plus que divertissant ; même si Bad Guys et Bad Guys 2 tente de concilier les deux, le fait que les principaux reproches sont à mettre sur le dos de l'envi de divertir souligne à quel point le studio est avant tout bon dans des œuvres réflexive qui vont à l'encontre d'une certaine idée du divertissement). On a bien eu des tentatives chez Netflix comme Voyage vers la Lune mais que tout le monde a collectivement oublié (que ce soit par l'échec médiatique du film ou par volonté délibéré d'oublier la douleur provoqué lors du visionnage), mais rares ont été les succès retentissant qui pouvait proposer une alternative affirmée, l'exception étant Nimona, film au passé compliqué dont les principales forces proviennent de fût le studio BlueSky qui a lancé le projet. Seul Sony Animation semble aujourd'hui proposer une vrai alternative avec Spider-man New Generation et Across the spider-verse, la saga Angry Bird (de loin l'une des plus sous-estimé malgré sa popularité sur internet via l'utilisation de certaines séquences devenues cultes dans le milieu du meme), Wish Dragon, les Mitchells contre les machines et aujourd'hui K-POP Demon Hunter qui, malgré lui, porte la lourde tâche d'imprimer la direction à suivre pour le studio ainsi que pour Netflix qui distribue le film et qui a la possibilité de proposer une alternative au divertissement Disney.


On ne peut s'empêcher d'avoir une certaine crainte dès le début du long métrage qui, dès sa scène d'ouverture, va pour exposer un milieu du divertissement coréen qui va être source de questionnements quant à sa remise en question, mais aussi d'influence artistique. Le milieu de la Kpop va être à la fois un lieu de détestation, exacerbant les pires traits, mais aussi un lieu d'adoration pour tous les fans qui verront une vision exacerbé de la pratique. Pourtant, quand on connait un minimum le milieu de la Kpop, on voit venir des problématiques scénaristiques que soulèvent la Kpop dans un film parlant d'émancipation et d'expression de soi. Que ce soit dans la starification à outrance peu importe l'âge, le mode de consommation du contenu qui vient à briser mentalement et physiquement les artistes, ou l'intrusivité des fans toujours plus exacerbé (lorsque ceux-ci n'en viennent pas à commettre des meurtres par aliénation et égoïsme), il est de notoriété public que le milieu de la Kpop est extrêmement nocif et il devient presque une évidence de devoir questionner ce milieu si l'on veut en faire un art permettant de briser les barrières sociaux et mentales... chose que le film ne semble pas vouloir l'intention de faire. Les 10 premières minutes sont extrêmement parlante à ce sujet, adoptant un ton presque enfantin pour exposer son univers en voix off sur-explicative, et prenant le quotidien de star de Kpop chasseuse de démons avec légèreté un univers sert problématique, mais est présenté comme bon. On peut presque y voir un parallèle avec les Totally Spies voire avec Lolirocks, une série elle aussi sur un trio de chanteuses affrontant le mal avec à peu près les mêmes codes (les armes létales en moins) mais avec un univers qui n'a pas de réels besoins de remise en question. Cela s'inscrit dans une démarche de démocratisation de la Kpop entrepris par K-pop Demon Hunter qui cherche avant tout à rendre accessible un milieu fermé, le problème étant qu'à plusieurs instants, le film semble passer sous le tapis le fait qu'il a fallu rendre accessible un milieu qui ne l'est pas pour tout le monde. Rajoutez à cela un univers parfois très nébuleux sur son concept de groupe élu pour protéger le monde en étant le meilleur groupe de musique (sous entendant qu'il y a d'autres groupe de musique, qu'est ce qu'il se passe s'il y en a un qui passe au dessus ? On a bien l'exemple du boys band de démons, mais dans un monde avec un public aussi influençable et dépendant des tendances, qu'est ce qu'il se passe si la Kpop passe de mode à l'instar des boys band des années 2000 ?), et un déroulé un poil cliché, on obtient une première moitié de film extrêmement pénible à suivre, sans compter le propos que peut véhiculer le récit. Car oui, à force de banaliser la Kpop sans jamais vouloir pleinement s'attaquer aux problématiques qui l'entour, le film délivre presque un propos douteux sur l'uniformisation de la consommation et sur la nécessité de respecter un statu quo qui considère comme banal les pires aspects de la Kpop. Le film sait amener des moments d'humours, surtout lorsqu'il est question de la démystification de la star de Kpop en mettant l'accent sur le contraste entre l'image public et privé que peuvent renvoyer les personnages. Pourtant, force est de constater que le visionnage est particulièrement lourd tant on ne sait pas ce que veut raconter le long métrage. A la fois on veut une libération d'un système qui oppresse les artistes, mais de l'autre on prône une forme de retour à un statu quo.


Pourtant, au bout d'un moment (après une première partie très grand-guignolesque avec beaucoup de chansons pas toutes bien introduites rappelant la subtilité de Voyage vers la Lune), le film trouve son sujet en se focalisant sur un seul et même personnage, et devient ainsi très vite captivant. On a tout une esthétique horreur asiatique qui est plutôt bien exploité (et je ne choisi pas ce terme au hasard, on y reviendra plus tard) à travers l'arrivée de yo-gwae (yokaï coréen) qui savent très bien cultiver l'étrangeté. Les enjeux se dispersent moins, les tableaux sont de plus en plus propres, et les enjeux deviennent plus riches. On a tout un questionnement sur la dépression lié à un rapport très beau au corps et à ses mutations, ainsi qu'à la pression que peut engendrer le star système et l'héritage familiale... et tout vient éclater dans une très belle scène de concert. Le film ouvre des portes plutôt inattendu, comme une rédemption pour le leader du boys band au lourd passé, qui permettent de créer de la nuance en un film qui en manque cruellement par instant. Malheureusement le film n'arrive jamais à concrétiser quoi que ce soit, la faute à une mauvaise démarche qui se retranscrit jusque dans la réalisation. Malgré quelques fulgurances, il y a deux scènes qui, mises côte à côte, montrent parfaitement la démarche du film par rapport à son sujet. La première est . Dans le même registre, je pourrais mentionner le déjeuné dans l'avion (déjà culte sur internet par rapport aux memes que la scène a généré) qui a la lourde tâche de nous introduire les personnages, et qui utilise une multitude d'idées visuelles pour illustrer les émotions des personnages et/ou iconiser l'instant, même si l'instant n'est pas forcément utile à l'avancement du scénario. Dans le même registre, on peut aussi mentionner la scène chez le médecin qui, elle aussi déploie beaucoup d'idées visuelles pour une scène pas spécifiquement importante pour le récit. De l'autre côté on a des scènes comme une scène de discussion entre les leader des deux groupes dans une montée (ceux qui auront vu le film sauront de quel scène je parle), qui sont beaucoup plus importante émotionnellement parlant, mais où l'animation est presque limitée en terme de mise en scène. Les expressions des visages sont très timides, sans même aller dans de l'exubérance les Croods 2 Nouvelle ère de Joel Crawford faisait bien mieux dans le même registre (en même temps Joel Crawford est l'un des meilleurs réalisateurs en animation aux États Unis pour mettre en scène les émotions des personnages, et il a eu le temps de le démontrer une nouvelle fois dans Chat Potté 2 La Dernière quête, notamment avec le personnage de Kitty), l'animation des corps est très sommaire, et la scène en elle même n'est même pas tant mise en avant comme étant spécialement importante alors qu'émotionnellement, c'est l'une des scènes les plus fortes du film. C'est un choix délibéré qui répond à une logique simple: Il est plus question de proposer ce que l'on veut avant de proposer ce qui est de mieux. Si les scènes d'émotions et plus sérieuses sont importantes au récit, elle le sont beaucoup moins dans une logique de divertissement car le spectateur veut avant tout de l'action (il y en a) et des scènes humoristiques graphiquement marquées (il y en a aussi) pour divertir. Cette logique se retrouve dans le dénouement final qui, faute de trouver une vrai solution viable et de répondre à toutes les questions que le film soulève, finit par trouver une solution afin de retrouver une forme de stabilité... qui éclipse la nécessité de réaliser un film cohérent de son début à sa fin.


On peut retenir une forme de générosité dans son action, dans certaines idées de mises en scène et dans ses parties musicales (quoi que peu être trop nombreuses), mais on peut surtout retenir un film mal abouti freiné par une mauvaise démarche. Malgré tout, je préfère garder un regard utopiste qui me fait dire que le succès du film (ainsi que la forte présence de Maggie Kang à la réalisation) permettrait sans doute de légitimer d'avantage l'animation sud-coréenne, et d'aider des projets ambitieux à l'image de Beauty Water ou Exorcism Chronicle the Beginning. Je souhaite de tout cœur la victoire de Golden aux Golden Globes et aux Oscars pour meilleur chanson originale car musicalement et en pure terme de dramaturgie le film mériterait amplement (en plus de récompenser une très grosse campagne qui s'est révélé efficace), maintenant il est fort dommage que le film ne mérite pas plus.


10,25/20


N’hésitez pas à partager votre avis et le défendre, qu'il soit objectif ou non. De mon côté, je le respecterai s'il est en désaccord avec le mien, mais je le respecterai encore plus si vous, de votre côté, vous respectez mon avis.

Créée

le 30 déc. 2025

Critique lue 21 fois

Youdidi

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