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Jeu de stups
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le 19 avr. 2021
Cinéaste de caractère, Bertrand Tavernier s'est toujours attaché à traiter des sujets sensibles de la manière la plus réaliste possible. Parmi ses films les plus marquants, il y a ce "L.627", véritable portrait acerbe de la brigade des stups à Paris au début des années 90. Si le cinéaste est concerné personnellement par la guerre contre la drogue (son fils, Nils (acteur dans le film) fut à un moment toxicomane), c'est sa rencontre avec Michel Alexandre, co-scénariste et ancien flic qui l'incite à aborder la réalité d'une police à l'opposé de ce que les fictions nous montrent habituellement.
"L.627", c'est un article du code de la santé publique qui réprime toutes les infractions liées à la détention, au trafic, à la consommation de stupéfiants, c'est à dire tout ce qui couvre les activités de cette brigade. Dès l'écriture du scénario, Tavernier et Alexandre se sont attachés à peindre un portrait le plus réaliste possible. Une volonté qui se ressentira jusqu'à la mise en scène, proche du documentaire avec de nombreuses utilisations de la steady-cam, donnant une réelle sensation d'immersion dans l'action.
Une réalité choc où l'on s'aperçoit très vite que ce service public est complètement délaissé par les institutions, victime d'un manque de moyens flagrant où végètent des fonctionnaires désabusés mais également des policiers motivés qui se battent quotidiennement pour de pas lacher, ne pas renoncer devant l'ignorance de leurs responsables. Tavernier ne fait aucune concession et ne se prive pas pour nous rappeller à chaque instant les difficultés opérationnelles de cette brigade : Algeco, vieilles machines à écrire, véhicules obsolètes, insalubrité des locaux, aberrations des procédures administratives et j'en passe...
Chez Tavernier, le métier de policier c'est une véritable vocation où ce ne sont malheureusment pas toujours les meilleurs qui récoltent les lauriers. Il ne se gêne pas pour expliquer clairement qu'il ne suffit pas d'être le plus compétent pour être promu. Certains attendent clairement que le temps passe en remplissant de temps à autre les statistiques (le personnage de Jean Paul Comart dans le film), d'autres, en bas de l'échelle, essaient simplement de faire leur boulot, obligés de flirter en permanence avec l'illégalité. (Admirable personnage central incarné de Didier Bezace).
Tavernier "nourrit" son brulôt avec une formidable galerie de personnages décrivant chacun à leur façon, les frustrations, les malaises et les dysfonctionnements d'une institution en décrépitude. Entre le flic feignant un peu porté sur la bouteille (inattendu Jean Roger Milo), le jeune flic déja désabusé (Nils Tavernier) et ceux déja cités, une seule femme (formidable Charlotte Kady) parvient à s'imposer dans ce monde d'hommes, amenant une lueur d'optimisme et de charme dans cet univers sombre et glauque. Une réalité pas très belle à voir que Tavernier dénonce donc un docu-film admirable, balayant sans hésitation et sans concession, tous les clichés connus. Entre violence et réalité alarmante, ce film se doit d'être vu par tous.
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le 2 juil. 2025
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