Le sentiment de sidération collective, palpable au moment des faits, ne va pas cesser avec L'Abandon, bien au contraire. Évidemment, il est facile, après le drame, de pointer le mensonge inaugural, le poids de la rumeur, le relais nauséabond des réseaux sociaux ou encore les défaillances en cascade, au sein même de l'établissement dans lequel enseignait Samuel Paty, au sein de la police ou de l'Administration. Mais le film a la volonté d'être factuel et inattaquable quant à la chronologie de la tragédie. Comment en vient-on à assassiner un professeur de la République, défenseur de la laïcité, dans ce terreau explosif qu'est désormais la France des années 2020 ? Le film de Vincent Garenq ne s'appelle pas l'Abandon par hasard, il expose sans fioritures ni volonté vindicative un engrenage fatal pour un dénouement inimaginable. Comme toute œuvre de fiction, à la frontière du documentaire, il peut prêter le flanc à la critique, bien entendu. Il n'approfondit pas certains aspects, à commencer par la personnalité de la victime, mais il s'agit presque d'histoire immédiate et le passage du temps donnera sans doute lieu à davantage de recul et moins d'émotion proche. Dans quelques décennies, un film intitulé L'affaire Paty sera peut-être réalisé, avec un nouvel éclairage et recontextualisation sociale. En attendant, L'Abandon est un outil pédagogique essentiel, sincère et implacable.