Allez voir ce film, car il raconte la réalité. Point final. Chaperonné par la sœur de Samuel Paty et ancré dans les faits, procès verbaux, témoignages, documents, L'Abandon n'est pas une reconstitution romancée mais un acte de vérité, froid et nécessaire. Le récit suit autant l'homme que la mécanique sourde qui l'a encerclé, la rumeur, le mensonge, les institutions trop lentes, dans un rythme presque bureaucratique, quotidien, scolaire, qui rend l'attente du drame encore plus insupportable.
La mise en scène choisit la retenue plutôt que le spectacle, et le casting est d'une justesse remarquable : Antoine Reinartz est habité, Bercot excellente, tous semblent exister dans ce film plutôt que le jouer. Sur le plan dramaturgique, on pourrait imaginer une émotion mieux développé sur la fin, même si ça reste correcte pour du cinéma français.
L'Abandon ne cherche pas à construire un thriller, il cherche à dire la vérité. Et il y parvient, avec une froideur qui vous reste longtemps après la salle.