Vincent Garenq s’attelle ici à un exercice périlleux : revenir sur les onze derniers jours de Samuel Paty. Loin de toute tentative de mythification, le film choisit la sobriété pour nous montrer un professeur "lambda", passionné par son métier, loin de l'image de héros républicain qu'il est devenu malgré lui.
L’Abandon vaut moins pour ses qualités purement cinématographiques que pour son statut de film d'utilité publique. Si la mise en scène reste assez classique, le long-métrage brille par son casting impeccable et la justesse de ses acteurs. Le film se regarde presque comme un documentaire, disséquant avec une précision glaçante les failles abyssales de notre système. On assiste, impuissant, à l'engrenage administratif : les procédures qui s'empilent, les dialogues de sourds institutionnels et cette paperasse qui prend le pas sur l'humain. C'est précisément là que le film émeut et révolte : on y voit un homme désarmé, sommé d'attendre alors que la menace se précise, lâché par une machine institutionnelle incapable de le protéger efficacement.
Garenq s'efforce de coller aux faits, préférant laisser la réalité parler d'elle-mêmes. Si certains passages peuvent susciter un malaise ou laisser craindre des amalgames, le récit se concentre surtout sur la solitude d'un enseignant face à la montée d'une violence insensée, née du mensonge et amplifiée par l'inertie.
C'est un film coup de poing nécessaire qui nous force à regarder en face ce qui a failli. On ressort de la salle le cœur lourd, avec cette phrase qui résonne longtemps après le générique : "Tuer une âme, c'est tuer l'humanité". Un devoir de mémoire indispensable.