J’ai entendu Le Masque et la Plume dire que ce n’était pas vraiment du « cinéma », mais un bon « film dossier ». Soit… c’est un point de vue (avec Le Masque on entend la critique dans leur manière de le dire). On pourrait tout aussi bien dire que Dossier 137 est un bon film dossier, alors que c’est un grand film de cinéma. Z de Costa-Gavras également, ou JFK d’Oliver Stone, sans oublier une bonne partie du cinéma italien engagé des années 70.
L’Abandon s’inscrit dans cette lignée et s’impose surtout comme un très bon film. Le sujet est traité avec une grande justesse, l’interprétation est excellente, et les acteurs sont tous à la hauteur de leur partition — notamment Reinhartz et Bercot, mais aussi l’adolescente, ainsi que les deux interprètes des islamistes, particulièrement convaincants.
Le film n’a pas vocation à imposer un point de vue, mais à s’appuyer sur des faits établis, ce qui renforce encore son impact. Il devrait, à ce titre, toucher tout spectateur disposé à regarder les événements qu’il relate sans filtre idéologique.
Ce qui est intéressant dans la narration et dans le propos du film — qui n’est absolument pas un pamphlet anti-musulman — c'est qu'Il interroge de manière très intelligente plusieurs mécanismes contemporains : la viralité des réseaux sociaux et la fabrication de la rumeur, les défaillances institutionnelles, certaines formes de défaillance individuelle ou de lâcheté ordinaire, et enfin le processus de la radicalisation, qui apparaît ici comme une forme de basculement vers la folie.
Le récit prend d’ailleurs racine dans le mensonge d’une adolescente prise dans sa propre honte, ce qui fait écho à d’autres œuvres— on pense d’ailleurs à des films traitant de dynamiques similaires comme La Chasse de Thomas Vinterberg (2012) ou encore Pas de vagues (2024) avec François Civil.
Ce film devrait être projeté dans toutes les écoles, du CM2 à la 6e. réduire L’Abandon à une charge contre les musulmans releve d'une lecture stupide et simplificatrice. Mais sont probablement les mêmes qui considèrent L’Objet du délit d’Agnès Jaoui comme un film anti-féministe… No comment.