L'abandon a été un livre documentaire. L'abandon a été une bande dessinée documentaire. L'abandon aurait pu être un film documentaire. Aurait dû ? C'est en tout cas ce que le réalisateur, Vincent Garenq, revendique en ayant voulu coller au plus proche de la réalité. Le film se veut en effet factuel, la mise en scène se veut sans éclats, le jeu se veut réaliste (les deux têtes d'affiches jouent bien, le reste non). Alors, pourquoi ?
Pourquoi ouvrir le film par une voix-off post-mortem fictionnalisée accompagnant des images au style de gopro, si on veut être purement factuel ? Pourquoi mettre en image une scène tout droit sortie d'un mensonge d'adolescente, imaginaire donc, si on veut être purement factuel ?
Autres choix artistiques douteux :
Pourquoi mettre en boucle la vidéo du père de l'adolescente fautive, une fois que celle-ci est publiée sur les réseaux, et créer des effets sonores de brouhaha ? N'y a-t-il pas d'autres façons, plus simples, de représenter une rumeur qui court ? Pourquoi représenter le salafiste fiché S à la fois de façon caricaturale et de façon réaliste ? Ceci est le symptôme d'un film qui veut parler des caricatures de Charlie Hebdo et d'intégrisme religieux, de la façon la plus factuelle possible.
Le problème de L'abandon, c'est qu'il ne sait pas sur quel pied danser. L'erreur de Vincent Garenq est sans doute d'avoir voulu faire des effets de style. Il a cependant le mérite de ne vouloir stigmatiser personne, aucune communauté, aucune religion, de rendre hommage et de rassembler (en atteste la fin, peut être la scène la plus simple et donc la plus émouvante du film). Aucune raison d'être instrumentalisé par les islamophobes d'extrême droite, donc. Un film utile, mais sans doute raté.